Lettre de l’abbé Pierre Madros à ses amis Européens

Français, Belges et « Francophones »

Aux croyantes et aux croyants parmi vous, je souhaite une forte fête de Pâques, un dynamique temps pascal, pas nécessairement dans la joie, après les attentats de Paris et de Bruxelles, mais dans l’espérance, pas dans la haine mais dans l’amour !

Même si la Belgique n’est francophone qu’au 45 pour cent, deux penseurs américains viennent d’accuser « la francophonie » française et belge d’être le plus grand nid ou terroir de l’extrémisme islamiste. Le peuple belge étant un, je le salue avec émotion et solidarité aussi en flamand : « Haartlijke groete uit Jeruzalem. Ik wens Uw Land  vreede en de « beschaving van de liefde » (Paus Johannes Paul II). « Salutations cordiales : je souhaite à votre Pays la paix, « dans la civilisation de l’amour » (Pape Jean-Paul II).

La philosophie : « la connaissance des choses par leurs causes » (« Scientia rerum per causas »)

 Le terrorisme ne se limite pas à des jeunes d’origine musulmane asiatique ou africaine (ou maghrébine) : dès les années 70, avec un Christophe Lacase, des jeunes passés à l’Islam étaient devenus terroristes ou extrémistes, tel un Younes (belge), qui a écrit « J’ai été djihadiste », un Français Nicolas etc… Donc, le problème  ou l’énigme ne se résout pas en alléguant « le manque d’intégration »,  « le chômage », l’isolement ou le complexe d’infériorité, qui restent des causes secondaires et « horizontales » corrigibles. La cause principale, verticale et déterminante est l’élément religieux : la théocratie coranique, la notion de violence et de guerre sacrées qui trouvent, à leur appui, des textes clairs et univoques du Coran, textes qui n’ont pas de parallèles dans le Nouveau Testament. De nos jours seulement, des voix s’élèvent pour relativiser ces textes et prétendre qu’ils sont caducs, qu’ils ne sont plus actuels car leur contexte historique a changé. Mais pour beaucoup de Musulmans, ces affirmations sont blasphématoires : la Parole d’Allah vaut toujours !

 Par ailleurs, R. Disiport constate avec réalisme que le manque d’intégration vient précisément et principalement pour motifs d’abord religieux ensuite de race. Mais franchement, votre « discrimination » occidentale européenne est de la petite bière (sans alcool, si vous y insistez) en comparaison avec le racisme des Etats arabes et musulmans : eux, ne donnent jamais la nationalité aux étrangers qui ne sont pas leurs coreligionnaires. Les Chinois et les Japonais ne la donnent pas davantage. Constatons-le une bonne fois, et qu’on cesse de nous « rouler » et de nous culpabiliser : les chrétiens occidentaux sont les moins racistes en comparaison avec les autres « monothéistes ».

Le caractère sacré, universel et global du Coran pour les Musulmans

Pour eux, il est « parole d’Evangile ». Il est la Parole d’Allah valide pour tout temps et pour tout lieu. A propos des non musulmans, divisés en « mécréants » et « Gens du Livre » (c’est-à-dire Juifs et Chrétiens),  il existe l’ordre d’éliminer, de tuer les infidèles, les polythéistes, adorateurs d’idoles ou de faux dieux (au moins en Coran 9 : 5). Certains commentateurs musulmans assimilent volontiers les chrétiens aux « polythéistes » sous prétexte qu’ils adorent trois dieux (ce qui n’est absolument pas le cas !). D’autres suivent le chapitre 9 qui fait une claire distinction, respectivement dans les phrases 5 et 29, entre les mécréants polythéistes, d’un côté, et les  « Gens du Livre », de l’autre. Chrétiens et musulmans de bonne volonté et de mauvaise information  citent volontiers et souvent des textes coraniques bienveillants à l’égard des Juifs et des « chrétiens ». Mais, le Coran ne parle jamais de « chrétiens » (qui seraient « massihyyoun ») mais plutôt, comme les Juifs, de « nassara », notserim en hébreu : Nazaréens, qui auraient été des judéo-chrétiens. Malheureusement, les exégètes musulmans anciens, à l’unanimité, surtout Ibn Hazm, Ibn Al –Arabi, notant que la première phase des versets coraniques à la Mecque était tolérante et bienveillante et celle de Médine rigoureuse, affirment sans l‘ombre d’un doute que tous les versets bienveillants (au nombre de 114 au moins) ont été abrogés par « le verset du sabre ». Ainsi, le dernier mot du Coran à propos des « Gens du Livre », abstraction faite de toutes les dénominations et les tendances islamiques, c’est le divin ordre de les humilier et de leur faire payer la capitation, tribut par tête, pour chaque adulte chrétien ou juif, sain de corps et d’âme : Coran 9 : 29 : ce que la Turquie ottomane, pendant quatre siècles, a pratiqué, et l’Isis ou Daech ou l’Etat islamique pratique maintenant encore.

Que les athées ne se réjouissent pas : ce même texte de Coran 9, 29 a commencé par eux : « Combattez jusqu’à tuer (c’est le véritable sens du verbe « qaaatilu », comme le note le P. Gallez, encore un Belge !) ceux qui ne croient pas en Allah et au dernier jour ! » ;  en bon gaulois : ceux qui « ne croient ni à Dieu ni à diable » ! Alors, que les dirigeants politiques athées ou agnostiques, qui ont démontré beaucoup de zèle à faire venir des Musulmans, fassent attention ! Ils seront les premières cibles et victimes si leurs « enfants gâtés » se mettent un jour à appliquer le Coran, ce que  les « extrémistes »  font déjà.  A quelques mètres du siège de la communauté européenne à Bruxelles, l’idée d’attaquer les mécréants, même les hommes politiques qui apportent des immigrés de préférence musulmans et de référence saoudienne wahhabite, ne relève plus de la chimère !

Le motif anti-non-musulman ne doit pas être ignoré ou sous-estimé ! Preuve : les attentats n’auraient jamais eu lieu à Paris, Bruxelles, Londres ou Madrid, si la plupart de leurs habitants étaient musulmans surtout sunnites. Ou, au moins, les attentats n’auraient pas eu cette ampleur. Si vous n’êtes pas d’accord et si vous affirmez : Même dans les pays musulmans, la violence et les attentats existent : entre sunnites et chiites ; entre islamistes et régimes, vous venez de mettre le doigt sur la plaie : il y a difficulté parfois impossibilité de coexistence pacifique entre Musulmans, ou entre islamistes et régimes politiques plus ou moins sécularisés dans le monde musulman lui-même, donc à plus forte raison avec les non musulmans.

Deux principes contradictoires à propos du pouvoir politique en Islam

D’une part, la jurisprudence islamique exige des Musulmans la « soumission » (c’est le sens du mot « islam »   إسلام  en arabe, qui n’est pas « salaam » سلام , paix) au « waali » الوالي  au gouverneur musulman, même s’il est corrompu. Seule cause d’insurrection légitime : s’il apostasie (s’il abandonne l’Islam) ou s’il contredit l’orthodoxie islamique (donc, l’Inquisition islamique existe toujours). Mais, d’autre part, les « islamistes » ou les « fondamentalistes » idéalistes, ceux qui veulent appliquer l’Islam pleinement, ne reconnaissent aucun chef d’Etat musulman actuel, sauf le « calife » Al Baghdadi de Daech, parce qu’aucun de ces chefs n’est le Calife, dans le monde sunnite. Chez les chiites, l’ayatullah est le souverain de l’Etat islamique iranien.

 

L’incontournable, l’irréductible et l’inaliénable théocratie coranique, la wilayah   الولاية d’après le Coran 5 : 51 etc

Le livre sacré de l’islam est formel en 5 : 51 : « Ô vous qui croyez, ne vous faites jamais alliés (ou : amis) des Juifs et des Nazaréens ». Le mot « awlyaa’ » أولياءdérive de la racine « walla » qui signifie aussi : gouverner, donc : ne prenez jamais les Juifs ni les Nazaréens pour gouverneurs, dirigeants ou tuteurs. Donc , le Coran, en ce texte et d’autres, interdit formellement aux musulmans de tout temps et de tout lieu de se laisser gouverner, diriger, par des non musulmans (donc par tous vos dirigeants politiques !), surtout, explicitement : chrétiens et Juifs. Autres textes coraniques qui expriment la même idée d’une façon claire qui n’a pas trente-six mille interprétations : 4 : 89 : «  Ils veulent que vous mécroyez comme ils ont mécru… Ne prenez pas d’alliés parmi eux jusqu’à ce qu’ils émigrent dans la voie de Dieu. Si ensuite ils tournent le dos, prenez-les et tuez-les où que vous les trouviez, et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur ». Aussi : Coran 3 : 28 (pas d’alliance avec les mécréants) ; 4 : 144 (pas d’alliance ni avec les mécréants ni avec les Gens du Livre !) même sens dans 5 : 57 ; 8 : 73  et beaucoup d’autres passages). Donc, un véritable ou un bon Musulman ne doit pas, absolument pas, se laisser gouverner par un dirigeant non musulman. S’il est des musulmans qui reconnaissent l’autorité civile de l’Etat, représentée par un roi, un président, un premier ministre non musulman, il sont « modérés », gentils, mais il vont contre le Coran, et donc, s’ils en sont conscients, contre leur conscience ! Vous voyez le drame, le conflit interne. Pas étrange qu’il explose en conflit(s) externe(s).

Les deux autres principes, enfants jumeaux de celui de la domination wilayah : la loyauté et l’éloignement (al-walaa’ wal-baraa’ الولاء والبراء)

Se fondant, d’une façon unanime et univoque, sur des textes coraniques et des Traditions bien attestées, les anciens exégètes musulmans n’hésitent pas à dire que « le fondement de la société islamique est le double principe de la loyauté et de l’éloignement »’ (cf. islamweb. En internet). Partant de versets coraniques comme 9 : 71 ; 3 : 28 ; 58 : 22 : « Tu ne trouveras pas de personnes qui croient en Allah et au jour dernier échangeant l’amour avec celles qui s’opposent à Allah et à son envoyé… ».(Voir d’autres textes cités par le site mentionné ci-dessus). Le principe de la loyauté ou de l’allégeance (walaa’, même racine que wilayah) consiste en ceci : une personne musulmane, en tout temps et en tout lieu, un bon musulman doit être loyal seulement à Allah, à Mahomet, au Coran, à la chari’ah (Loi) islamique, à l’Islam. Donc, pas d’allégeance ni de loyauté à ce qui est non musulman : un Etat laïc et séculier, une alliance sportive… Rien et personne de non musulman. Et le principe –jumeau arrive : al-baraa’ : littéralement : se déclarer innocent de tout ce qui n’est pas musulman.

Et les braves musulmans qui sont loyaux à l’Etat, qui prêtent serment d’allégeance avant d’obtenir la nationalité ? Ils existent. Ils sont gentils et sympathiques. Ils vont contre le Coran. Les « extrémistes », eux, appliquent le Coran. Pas d’allégeance ni aux dirigeants musulmans qui ne sont pas « le Calife » ni aux chefs d’Etats non musulmans.

De nouveau, les pauvres Musulmans ont une crise de conscience : s’ils appliquent le Coran et les principes de la Tradition islamique, ils doivent être subversifs, voire violents à l’occasion, pour renverser les divers régimes surtout séculiers et athées. S’ils sont loyaux à ces régimes non musulmans, laïcs et démocratiques, ils vont contre leur livre sacré et, partant, leur conscience.

Incompatibilité de l’Islam avec la laïcité et avec la démocratie

Contrairement au Christ qui a recommandé de « rendre à César ce qui est de César et à Dieu ce qui est de Dieu », l’Islam est « religion et Etat » (دين ودولة). Contrairement à Jésus qui a déclaré à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18, 36), selon les Biographies musulmanes, Mahomet a été à Médine un chef d’Etat, menant lui-même beaucoup de combats. Aucun pays musulman n’est laïc, pas même la Turquie d’Erdogan, de plus en plus islamisée (malgré son armée qui maintient les principes d’Ataturk).

Il y a incompatibilité entre Islam et démocratie : celle-ci est en effet « le pouvoir du peuple » (δημου κράτος). Or, l’Islam se veut « le pouvoir d’Allah » qui rejette toute velléité humaine contraire à la volonté de Dieu.

Donc, les Musulmans en Occident profitent de la démocratie que leur religion rejette !  Autre grave problème de conscience. On pourrait répondre : « Mais, ils sont obligés, étant encore faibles et minoritaires ! » Non ! Rien ne justifie, ni le nombre ni la faiblesse, l’infraction aux divins commandements. Peut-être, des dirigeants religieux et des théoriciens musulmans en Occident s’inspirent-ils indirectement d’un texte coranique (47 : 34) qui leur ordonne « de ne jamais faiblir ni de faire appel à la trêve lorsqu’ils sont les plus forts », donc, par ricochet, de « composer », d’être gentils tant qu’ils sont encore faibles, quitte à devenir inexorables quand ils seront majoritaires, comme dans la plupart des pays islamiques dont aucun, oui aucun n’est en même temps démocratique, stable et industrialisé.

Il est vrai : récemment, des autorités religieuses musulmanes admettent « la citoyenneté » (al-muwaatanah المواطنة), par exemple dans le dernier congrès tenu à Marrakech. Mais la notion est tout à fait moderne et étrangère au texte et à l’esprit islamique. Le mot « patrie » (watan) ne se trouve nulle part dans le Coran. Une seule fois, en Coran 9 ; 25 a, on lit le mot « mawaatin » pluriel de « mawtin » dans le sens d’endroit non de patrie : « Allah vous a donné la victoire en beaucoup d’endroits ». En effet, nous les chrétiens arabes ou arabophones, ne le savons que trop : pendant treize siècles au moins, les « frères » des musulmans sont les autres musulmans, même à des milliers de kilomètres, pas nous leurs compatriotes chrétiens. Ils croient à la « oummah »  أمّة « communauté islamique » non à la patrie, sauf tout récemment, et encore cette position reste loin d’être universelle et incontestée. Donc, quand un Musulman nous considère comme ses frères et soeurs, il est gentil, mais il va contre le Coran.

Incompatibilité de l’Islam avec les Constitutions des Etats modernes, surtout Occidentaux

Très brièvement, les Constitutions modernes et contemporaines occidentales, au moins, sont fondées sur les principes d’égalité et de liberté. Or, un Musulman n’est pas libre de critiquer, ni d’abandonner sa religion. Une Musulmane n’est pas libre d’épouser un non Musulman qui refuse de passer à l’Islam. Dans le Coran et le reste de la législation islamique, il y a une différence entre Musulmans au masculin et Musulmanes au féminin, pour le mariage, le témoignage, l’héritage (si on veut appliquer le Coran). Il y a différence de législation, donc de traitement et de destin, entre Musulmans et non Musulmans, voir plus haut. Consulter aussi l’ouvrage « Les Musulmans face aux droits de l’homme », p. 16, quatrième paragraphe, les deux dernières lignes et demie.

Violence, terreur, « tuer et se faire tuer »

Tout ceci se trouve littéralement et en esprit dans le Coran, pour ne citer que cette source unanimement acceptée. « Mais il y a diverses interprétations ! » Peut-être ! Mais, il suffit que ces versets existent et qu’ils soient considérés comme parole immuable universelle d’Allah pour que l’un ou l’autre des croyants les applique, en faisant abstraction de nuances ou de circonstances historiques qui, d’après lui, relativiseraient des textes littéralement descendus du ciel et irrévocablement absolus  et intouchables.

Conclusion

Le problème, qui arrive à des proportions et des conséquences mortelles, à commencer par les protagonistes des attentats, est essentiellement un problème religieux, non sans autres facteurs, beaucoup moins importants. Le « multiculturalisme n’a pas fonctionné » (double aveu de David Cameron et de Merkel). Pour « s’intégrer » ou « s’assimiler », il faut, pour un Musulman, aller contre son livre sacré et sa conscience. Autre alternative : se révolter, « tuer et se faire tuer », d’après Coran 9 : 111 ; « terroriser », d’après le Coran 8 : 60, ou vivre dans la frustration. Ne parlons pas des conflits « moraux » : l’obligation occidentale à la monogamie tandis que le Coran autorise la polygamie, avec des conditions ; l’impossibilité en Occident de répudier sa ou ses femmes, contrairement au Coran 2 : 229 ss ; permettre ou non  à sa fille de s’habiller à l’occidentale ou de se trouver dans un milieu mixte, par exemple à l’école ; l’excision (qui n’est pas absolument interdite d’après la biographie de Mahomet) ; le mariage de fillettes mineures (Coran 65 : 4) etc. En France, paraît-il, il existe des milliers de mariages polygames et de mineures, au vu et au su de la « République ».

La solution, d’après le grand orientaliste jésuite égyptien, P. Samir Khalil : que l’Islam, en Occident, réussisse, malgré sa nature « totalitariste » (Jean-Jacques Walter), à devenir, comme le Christianisme, une religion personnelle, individuelle. C’est un pieux rêve.

Un proverbe arabe populaire dit « Alghourbah kourbah »     كُربةالغُربة  « Vivre à l’étranger est une affliction ». Dans beaucoup de points, il ne s’agit pas de deux cultures diverses  mais contraires : théocratie contre démocratie et laïcité ; polygamie contre monogamie ; égalité contre manque d’égalité …

Mais le pape François dit d’accueillir. Pour un vrai réfugié, la charité consiste à le faire retourner chez lui au lieu d’en faire un parasite et un dépaysé, avec tous les défis dont il a été question ici, et d’autres. Accueillir signifie accepter comme étranger, comme hôte. Le pape ne parle pas de naturalisation, fortement déconseillée par le roi Hassan II du Maroc.

L’idéal : se marier, vivre dans son milieu. Ne rester à l’étranger que provisoirement. Mais puisque tout le monde est libre, que chacun vive comme il l’entend, à ses risques et périls.

Pouvons-nous catholiquement citer Sainte Jeanne d’Arc ? On lui a demandé : « Dieu aime-t-Il les Anglais ? »  Elle a répondu : «  Oui, chez eux ! » Il n’y a pas de place comme chez soi ! « There is no place like home ! »

A l’Europe francophone, à laquelle nous les chrétiens d’Orient et d’Afrique devons une fière chandelle, « paix et grâce » !

Jérusalem, ce jour de Pâques 2016

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