Le 2ème Dimanche de l’année B 14 jan 2018 Baptême du Seigneur

 Baptême du Seigneur, thaumaturge de Cana, “Agneau de Dieu”

L’Agneau-Enfant de Dieu

(Jn 1, 35- 42; 2, 1- 11)

(par P. P. Madros)

Pardon, chers liturgistes et autres Catholiques!

Nous, en Terre Sainte, nous célébrons solennellement l’Epiphanie du Seigneur, “manifestée” en trois étapes: la visite des Mages, le baptême de Jésus (dimanche dernier), et les noces de Cana, pour ce dimanche, précisément à Cana de Galilée et dans le reste de  notre diocèse. Nous avons donc une autre lecture d’évangile: Jn 2, 1- 11.

 

“Voici l’Agneau de Dieu” (1 Jn 35- 42)

A l’école de la belle France catholique (d’autrefois), nous chantions:

                                “Le  voici l’Agneau si doux,

                               Le vrai Pain des anges…”

Nous reprenions les mots inspirés de Jean-Baptiste, habité par l’Esprit dès le sein maternel.

En Orient aussi, nous ne faisons pas d’élucubrations. “Agneau” signifie “Agneau”, et le fait que l’évangile de Jean rapporte seul l’expression “Agneau de Dieu” ne signifie nullement que Jean-Baptiste ne l’a pas dite (Martens) et qu’elle provient “des méditations de l’Eglise” ou du “kérygme primitif” qui après coup aurait mis ces mots dans la bouche du Baptiste. Certains chrétiens ou exégètes, qui ont l’art de se créer de faux problèmes  et d’entamer des discussions inutiles (byzantines!) se demandent: Quoi comprendre par le terme “agneau”? Et la dialectique se déchaîne: est-ce  la douceur, l’innocence, la pureté, le sacrifice? Est-ce l’agneau pascal ou l’agneau de l’Apocalypse?

Le bon sens nous invite à nous mettre dans la peau du Baptiste inspiré. Juif, il pense spontanément à l’Agneau pascal, la veille de la fuite de l’Egypte. Bon! On a compris!  Mais, insiste un certain courant “occidental”, “rationaliste”: est-ce l’idée de l’innocence, de la pureté, de la douceur ou du sacrifice? Les Orientaux ne se foulent pas la rate. C’est tout cela ensemble, pour la bonne raison qu’un agneau est doux, pur (tiens, Jésus est doux, humble et pur). Et, soit en Egypte soit au Calvaire, il est immolé, comme sacrifice et comme nourriture (déception pour les végétariens), et aussi et surtout signe et facteur de libération.

Le “comprenoir” du Baptiste pouvait facilement saisir toutes ces notions complémentaires, ontologiquement et idéologiquement inséparables. Jeremias, un Allemand, se penche sur les langues bibliques pour nous enrichir encore davantage.

 

 

Il part, logiquement d’ailleurs, du mot araméen qui signifie “agneau”: Talya. Il remarque sans peine qu’il est proche, très proche de “Tal”, enfant. Voici les deux mots en araméen:   טליא- טלא. Dans la forme emphatique ou définie, “l’agneau” est “talya”, l’enfant “tala”. Le Père avait déjà confirmé le rapprochement: “Voici mon enfant (fils) bien-aimé”!

Mais, cette histoire d’enfant ne signifie pas seulement le bébé de Marie (et de Joseph, spirituellement et légalement). Le mot grec ” παις pais, paidos”, enfant, d’où pédogagie etc, traduit chez Isaïe “le serviteur” de Yahweh , Son enfant, et en même temps celui “qui donne sa vie pour les pécheurs” (Isaïe 42 – 53). Nous rejoignons l’idée de “l’agneau immolé sans qu’il ouvre la bouche”. 

Le Baptiste n’est pas le dernier venu en jeux de mots. Aux scribes et pharisiens, il dit à peu près ceci: “Ne vous gargarisez pas (ou: ne vous pavanez pas) en disant: Nous sommes les enfants d’Abraham (en araméen: banin בנין ) car Dieu peut, de ces pierres (araméen “abanin אבנין) faire surgir des enfants (banin) à Abraham”.

Conclusion: le Baptiste déclare que Jésus est le pur, l’innocent, l’immaculé, le doux, l’immolé, le sacrifié, le rédempteur, le libérateur, le Fils, le “Serviteur” expiateur. Tout ça ensemble!

 

“Je dirais même plus”!

  A nous chrétiens, il n’est pas interdit de scruter les Ecritures pour découvrir dans le reste du Nouveau Testament d’autres dimensions. L’Apocalypse de Jean nous guide  magnifiquement: le petit Agneau immolé d’antan porte sur lui le péché du monde: il devient, par solidarité rédemptrice, “péché et malédiction”, malgré sa pureté et son innocence. Ce n’est pas le dernier mot: glorifié, il se présentera toujours comme immolé, égorgé, et il siègera “au milieu du trône” (Apocalypse 7, 17).

 

Etre des agneaux, c’est être chrétiens et évangéliques!

C’est pas tout à fait ça! Etre doux, humbles, purs, innocents (pas naïfs, ingénus, imbéciles, débiles…), mais il faut citer intégralement le texte: “Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu de loups; soyez donc avisés comme des serpents et doux comme des colombes”. Donc, pas question de “nous laisser bouffer” bêtement, pas question de céder notre dignité et nos églises, pas question de céder nos patries et nos nations. Pas question d’être stupides comme “des oies” (d’après les Italiens).Un exemple de stupidité non chrétienne et antichrétienne: ne pas comprendre que ceux qui tuent nos chrétiens en Orient sont incapables de nous tuer en Occident. L’évêque chaldéen exilé de Mossoul, Mgr Emile Nouna, nous avertit constamment!        

Conclusion

Jésus a pris sur lui nos péchés; eh bien, autant que possible, ne les reprenons pas!

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