Le troisième Dimanche après Noël C

La Trinité : le seul Dieu qui console et sauve

( Is 40, 1 s ; Lc 3, 21 – 22)   (par P.P. Madros)

 

“Consolez, consolez mon peuple”! Ce “mon peuple” est si cher à Dieu qu’Il va littéralement, dans l’incarnation, « se décarcasser » pour lui (et pour les autres !) Déjà, à Pharaon (Dieu sait quel Ramsès !), Dieu avait ordonné, de la façon la plus claire : « Libère mon peuple » ; littéralement « Envoie » mes gens, qu’ils soient enfin libres ! שלח את עמי.  Le deutéro-Isaïe, en plein exil babylonien, annonce le retour. Le peuple pleure, comme beaucoup au Moyen-Orient : «  Au bord des fleuves de Babylone, nous nous sommes assis, et nous avons pleuré », près du Tigre, de l’Euphrate, de Barada en Syrie…

 

Pendant le baptême de Jésus : le seul Dieu, Trinité non triade, réconforte et délivre

Le Père proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». La première Personne de la Trinité n’est autre que « le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (2 Cor 1, 3). Le Fils est le Consolateur incarné ou la Consolation-Délivrance en nature humaine. En effet, la première lettre de saint Jean (2, 1 s) écrit : « Si quelqu’un pèche, nous avons un consolateur (en grec parakletos  παράκλητος), l’homme Jésus-Christ, qui s’est offert (ou sacrifié) pour nos péchés… »

Et l’Esprit Saint, qui procède du Père, qui est « l’Esprit de Jésus », se manifeste, au Jourdain, sous la forme d’une colombe. Lui aussi est le Consolateur, le Paraclet, « l’Esprit de vérité » ou, si vous voulez aussi, « l’Esprit de la Vérité » qui n’est autre que Dieu incarné en Jésus (cf Col 2, 9). Pour utiliser une formule plus simple, prônée et inaugurée par les Pères arabes de l’Eglise :  « La Trinité ? Dieu, Sa Parole (ou Verbe) et son Esprit.

 

Seigneur, consolez-nous !

Nous le savons, vous n’êtes pas « homme à baratin » ! Vous consolez existentiellement, pas verbalement. A Naïn, à  Capharnaüm, à Béthanie vous n’avez consolé qu’en ressuscitant les morts respectifs, non contents des belles paroles que nous disons nous, ne pouvant rien offrir d’autre.

Un « théologien » italien  a trouvé la caricature blasphématoire parce que, dit-il en vrac, « toutes les religions appellent à la paix et à la non violence » ! Il aurait dû dire : le Dieu de l’Evangile, du Nouveau Testament n’est pas sanguinaire, ne prône pas la violence, mais d’autres représentations de Dieu incitent carrément à la haine, à la violence, à la vengeance. Il suffit de lire leurs textes sacrés. Une fois de plus, la « bienveillance » et le « tout le monde il est beau… »  obnubile les esprits qui aiment sans savoir ou qui veulent indument généraliser « à toutes les religions » « la nouveauté et la singularité de l’Evangile ». La bonne volonté de tels théologiens est démentie par les textes et malheureusement par les faits, trop fréquents pour être fortuits.

 

Au Jourdain, rencontre de l’Epoux et de « l’ami de l’Epoux »

Aucun besoin de répéter ce que saint Luc raconte. Pendant l’histoire de l’église, il y a eu des sectes, surtout judéo-chrétiennes, qui ont professé que Jésus ne s’était rendu compte de sa messianité que lorsque l’Esprit Saint est descendu sur lui et la voix du Père a été entendue. Entre nous, quelques « exégètes » catholiques chuchotent ou crient cette théorie (partagée par les Témoins de Jéhovah, enchantés d’avoir un prétexte pour dévaluer Jésus !). Chez toutes ces personnes que nous respectons, pas de malentendu, il y a quand même une belle incohérence. Des autres Synoptiques, nous apprenons que Jean-Baptiste, lui, savait que le Nazaréen était le Messie. A l’avance, j’allais dire « avant le début du film », avant le « coup de théâtre » avec Jésus, voici le Baptiste qui hurle (il n’avait pas une voix d’eunuque pour pouvoir « crier dans le désert ») : « Après moi verra celui qui est plus fort que moi… il vous baptisera dans l’Esprit et le feu » (Mt 3, 11-12). Dès que Jésus « entre en scène », le Baptiste joint le parti d’opposition : « Pas question de te baptiser ! C’est plutôt moi qui ai besoin d’être baptisé par toi » (Mt 3, 13-14).

Dans les liturgies orientales, nous récitons et chantons souvent : « Sa divinité n’a abandonné son humanité ni pour un instant ni un clin d’œil » (tautologie sémitique que l’on nous pardonne bien volontiers). Et, excusez-nous, au Temple, à l’âge de douze ans, quand le jeune Jésus se met à « cuisiner » les docteurs de la Loi et à les ébahir avec ses réponses, ne savait-il pas qu’il était le Messie, ou, plus grave encore, qu’il était le Fils unique ? Si, voici ce qu’il déclare à ses « parents » à bout de souffle et restés la bouche ouverte : « Ne saviez-vous pas que je devais être chez mon Père ? » Est-ce donc Lui qui ne « savait pas » ou nos chers exégètes de ci-dessus (toujours avec tout le respect dû à leurs personnes et bonne volonté) ?

 

Fausse conclusion : « On va se faire baptiser à trente ans » !

Jean-Baptiste et plus tard Jésus lui-même nous expliquent la différence essentielle entre le baptême de Jean et celui de Jésus : « Jean a baptisé avec l’eau, vous (les apôtres) vous baptiserez dans l’Esprit Saint », « et le feu », avait déjà dit le Précurseur. Le baptême de Jean : de pénitence, en préparation au baptême que Jésus instituera : une nouvelle naissance, qui brûle le péché originel et les péchés personnels précédents. Nouvelle naissance, comme le Christ a essayé péniblement de l’expliquer au pauvre Nicodème, un peu lent à l’entendement (Jn 3, 1 s), le baptême que Jésus apporte inclut les enfants tandis que celui de pénitence ne sert que les adultes.

 

Conclusion

Jésus nous console en nous délivrant de la captivité du péché, en nous sauvant de la prison des transgressions et des « convoitises mondaines », ainsi que de la haine et de la violence, y compris les pires, à savoir les « théocratiques ». Il abolit la peine de mort « pour la gloire de Dieu » (cf Jn 16, 2). Il nous demande de lapider nos péchés avant de jeter la pierre sur une femmelette plus désespérée que dépravée (Jn 8, 1 s). Il interdit au premier pape de frapper par l’épée (Mt 26, 52), bien qu’il permette la légitime défense (Lc 22, 36 verset jamais cité par quelques « bons catholiques »). Il nous fait sortir de la plus grande prison, l’égoïsme ! Il ouvre nos yeux, aveuglés par la concupiscence ou l’orgueil ou la vanité… Il « ouvre nos oreilles » pour qu’elles entendent « la parole de la réconciliation ». Il nous incite à nous libérer de notre cruauté et de notre cynisme, en nous donnant l’exemple « de la perfection » et « de la miséricorde » : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait…miséricordieux comme Il est miséricordieux », surtout cette année !

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