Homélie du quatrième Dimanche de l’année C

La foi est invincible ; la clairvoyance incontestable, et l’amour ineffable ! (Jr 1, 4-5 et 17-19 ; 1 Cor 12, 31-13, 3 ; Lc 4, 21-30)

(P. P. Madros)

A Jérémie, paralysé par la « trouille », « le Seigneur  des armées », Dieu et père « de toute consolation » – comme dirait Saint Paul- administre une bonne dose de cran ! Le prophète vient de se heurter à la dureté « humaine », à la cruauté des grands et des petits ! Il en a marre ! Dans sa naïveté, il ne s’est jamais imaginé que le peuple pouvait rester orgueilleux et « impie » au beau milieu de tribulations et d’humiliations individuelles, collectives et nationales ! Après avoir inutilement ou presque annoncé un message de malheur, après avoir invité à la pénitence, tantôt gentiment, tantôt avec des menaces, Jérémie a désormais peur qu’on lui fasse du mal. Sa mission peu commode lui vaut beaucoup d’ennemis.

Le Seigneur secoue son messager froussard : « Ne tremble point devant eux, sinon je te ferai trembler devant eux » ! En d’autres mots, si tu perds confiance en moi et tu continues à te laisser intimider, Moi aussi je m’y mettrai pour te laisser intimider ! La formule sémitique « je te ferai trembler » אחתיך signifie « je te laisserai trembler ». Au fond, Dieu n’est pas méchant. Il ne fait pas faire le mal mais il le laisse faire quand nous prêtons le flanc au péché, à la négligence ou à la trahison.

 

La peur, la peur : mauvaise conseillère !

Faut-il le répéter aux habitants de Paris ou de Bruxelles, après ceux (qui restent) à Bagdad, Damas …. ? Il y a la peur physique, qui peut devenir « bleue » (blanche et rouge !) ! Pire, la peur « morale » : personne ne me tuera si je dis telle ou telle chose contre « l’opinion publique », les « clichés », « ce qui est politiquement correct », ce que disent la télé et les journaux, bref les « mass médias » ou les « maçons médias », mais l’on me rejettera, dénigrera, écartera, ou, toujours pour parler anglais : on me « boycottera » ! Moralement, l’on me « lynchera » ! La moindre des choses : je  perdrai mon boulot  !

Voici ce qu’un penseur italien, Marcello Pera, à l’école de Benoît XVI, appelle « la dictature du relativisme », « l’esclavage du qu’en dira-t-on ». Le vicaire apostolique Latin de l’Irak, Mgr Jean Sulaiman, a baptisé cette frousse aucunement sainte :« une dhimmitude interne », où les chrétiens occidentaux s’imposent à eux-mêmes le silence – ou le mensonge vil, pour ne pas être hués, chahutés ou « tabassés » par les « bien-pensants laïcs ». La dhimmitude est un statut social d’infériorité des Juifs et des Chrétiens sous régime islamique (d’après Coran 9 : 29).

Le bon Dieu ne nous abandonne jamais, même si tout le monde est contre nous. Nous serons « une ville fortifiée, colonne de fer et rempart de bronze devant tout le pays », à condition de ne pas trahir le Seigneur et l’Evangile ! « Tout le monde » approuvera tel ou tel mal. Nous autres, nous le réprouverons, intraitables dans les principes, toujours respectueux des personnes ! « Tout le monde » essaiera de nous faire entériner, par exemple, « d’autres sortes d’unions » mais nous affirmerons à haute voix la divine institution du mariage, inéluctablement hétérosexuel et, espérons-le, fécond ! Le pape François vient d’éclaircir les choses d’une façon on ne plus claire à la Sacrée Rote de Rome. « Tout le monde » nous menacera d’amendes ou de nous jeter en prison pour « diffamation », pour « islamophobie », ou « xénophobie », ou « racisme » si nous critiquons, même scientifiquement et objectivement, des textes ou des comportements, bien entendu de non chrétiens. Il y aura un « tollé » général et retentissant ! Or, étymologiquement « tollé » vient de l’impératif latin « tolle », « enlève-le » ! Tiens, l’expression nous rappelle le cri des hauts- prêtres, des anciens et des scribes contre Jésus : « Enlève-le le enlève-le ; crucifie-le crucifie-le » (Jn 19, 15).  Par contre, à taper sur Dieu (pas « Allah » !), le Christ, la Bible, et, à tort, sur le Pape, l’Eglise, les chrétiens, oh ça, c’est « bien », « chouette » : on est « intelligent, ouvert, moderne, lucide, éclairé ». Nous sommes vilipendés si nous dénonçons le mal (on a fait le même coup à Jérémie qui est allé presque finir dans un puits, à peu près dans ce que les Français d’autrefois appelaient « oubliette » !) Tenons le coup ! Le bien est bien, même si la majorité le rejette ou le ridiculise ! Le mal est mal, même si la plupart le pratique et le considère « vachement normal » ! Jésus ne nous a-t-il pas donné l’exemple de l’intrépidité dans le bien, de la critique du mal, de la poursuite de la vérité, de la dénonciation du mensonge, et ceci devant « les rois, les princes, les prêtres, et le peuple » (cf. Jr 1, 18), et plus solennellement devant Pilate et Hérode Antipas aussi  (1 Tim 6, 13) ?

Un philosophe Français, à propos de sa nation et d’autres peuples occidentaux, a récemment relevé « l’ennemi intérieur : céder à qui veut le soumettre », précisément par peur ou par naïveté, par ignorance, ou, pire, par intérêt, inspiré par la trahison !

 

Le Dieu-Amour et l’amour, le chemin le plus parfait vers Dieu ! (1 Cor 13, 1-13)

Les apôtres et les autres écrivains sacrés de la Nouvelle Alliance se complètent magnifiquement : Jean, le disciple bien-aimé, nous transmet la révélation reçue par lui : « Dieu est amour » ! L’apôtre des nations, lui, nous décrit, autant que faire se peut, l’amour, le plus grand des dons, la plus belle des vertus théologales et des vertus tout court ! L’hymne à la charité (1 Cor 13, 1 -13), cantique paulinien inimitable, après l’exemple et l’enseignement de Jésus, incarnation de l’amour et de l’altruisme suprêmes, ont marqué l’humanité, directement les nations chrétiennes, et indirectement les humanistes et les nations-unies imprégnés par « la civilisation de l’amour ». La « charte universelle des droits de l’homme », toutes les valeurs, initialement et fondamentalement christiques et évangéliques, ont conquis la société internationale et les milieux les plus récalcitrants !

Pour Dieu, l’Amour est son essence, sa substance, Lui qui « est celui qui est ». Il est donc Etre, Réalité, Vérité ! Or, nous sommes parfois enclins à négliger la vérité « par amour » (contre Eph 4, 15) ! Pas question : « la charité ne se réjouit pas dans l’injustice, mais dans la justice ». Justice et vérité sont deux jumelles inséparables.

Dans ce domaine aussi, des dirigeants et des « leaders » (meneurs d’hommes) n’ont pas manqué d’abuser de la charité des chrétiens ! Il suffit de voir tout ce qu’on peut obtenir, même sans papiers, sans empreintes digitales, voire pour des criminels (sans oublier les braves gens émigrés !) en pays de tradition chrétienne, chose impensable, même en songe, dans d’autres pays ! Les chrétiens « se font avoir » ! Aucun problème, avertit le Pape, s’ils maintiennent « leur foi et leur identité » ! (Discours à Strasbourg devant le Parlement Européen).

Malheureusement, à cause de notre nature blessée par le péché, plus particulièrement les péchés capitaux, dont l’acidia, la paresse spirituelle, il arrive que « la charité » serve de prétexte pour ne pas faire des recherches scientifiques ; le « respect du prochain » devient facilement un refus de l’évangéliser. Et « l’amour des personnes » se dégrade en « amour des diverses dénominations ou ‘religions’ qu’elles suivent » ! Dans une charité désordonnée, et contrairement à l’objectivité, donc à la vérité du Christ, de l’Evangile et de l’Eglise, certains Catholiques ont fini par systématiquement défendre des erreurs dogmatiques chez les autres ainsi que des comportements répréhensibles : « ça fait moderne, ça fait chic » !

 

Une explosion de proverbes à Nazareth ! (Lc 4, 21-30)

Les gens de la petite bourgade regardent de travers le fils du menuisier ! Ils le défient : « Fais des miracles ici ! Assez de faire l’intéressant à Capharnaüm ! » Ils exigent des miracles sur commande ! Ils citent méchamment un proverbe : « Médecin, guéris toi toi-même ! ». Jésus rétorque par une parole qui deviendra proverbe : « Aucun prophète n’est honoré dans son pays ! » Les Orientaux sont imbattables en dictons !

La malice et la hargne des compatriotes sont vaincues par la clairvoyance, l’unique mémoire biblique et historique du « fils de Joseph » ! Le Messie, qui ne se laisse intimider par personne, démolit la prétention de réclamer des miracles sous prétexte qu’on fait partie du « peuple élu » !  Que de veuves juives du temps d’Elie ! Pourtant, celui-ci n’a été envoyé par Dieu qu’à une phénicienne-cananéenne de Sarepta de Sidon ! (De quoi faire la pige à ses collègues hébraïques ! Antisémitisme !) Que de lépreux hébreux du temps d’Elisée ! Pas de guérison, rien ! Un seul bénéficiaire : un étranger, un goy, Naaman le Syrien, par-dessus le marché un raciste ! En effet, quand l’homme de Dieu, Elisée le Juif, lui demande à lui, « gros bonnet », d’aller se baigner dans le Jourdain, il s’indigne : « Les fleuves de Damas, l’Apana et le Parpar, ne valent-ils pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? », proteste-t-il (2 R 5, 12). Maintenant, c’est aux  gens de Nazareth de s’emporter : « Alors, ‘brave’ Jésus, les païens impurs valent mieux que nous, méritant des miracles de notre Dieu, et les habitants de Capharnaüm ont ta préférence, eux qui se contaminent constamment avec les goyîm, sur « le chemin de la mer », la « via maris » ?! Il faut absolument « te laisser tomber, « te virer », t’éliminer ! » Hop, ils le traînent de force vers une montagne voisine, « le mont du Précipice » ! Ils veulent le balancer ! Et là, le prodige, qu’ils n’ont pas du tout demandé, a lieu : « Il passe au milieu d’eux », probablement après avoir changé d’aspect…

 

Conclusion

« L’amour parfait bannit la peur » (1 Jn 4, 18). Avec émotion, les Pères Franciscains, pendant la procession quotidienne au Saint-Sépulcre, chantent à propos de Marie-Madeleine venue voir le tombeau, sans crainte des cruels soldats romains : « Truces nec horret milites : pellit timorem charitas » : « L’amour chasse la peur ! » Attention ! Pas n’importe quel amour élimine la crainte ! L’amour pour ses enfants fait craindre pour leur vie, leur sécurité, même à Cologne ! Celui qui n’a pas peur de l’inconnu, du transgresseur, du voleur, du violeur, du criminel, de l’impie, sous prétexte de tolérance ou de charité, n’agit pas conformément à l’Evangile qui nous ordonné d’être « rusés comme des serpents, doux comme des colombes » (Mt 10, 16). L’amour parfait, lui, élimine la crainte : parfait par la connaissance, accompli dans la vérité, couronné par la prudence, éclairé par la lucidité, bien assis dans le réalisme ! Cet amour de Dieu ne contredit pas Sa crainte : la peur d’offenser notre Père et de rejeter Son amour !

You may also like...

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.