Homélie du Dimanche des Rameaux de l’année C

Bientôt, en Orient, il ne restera que les pierres pour acclamer Jésus!

(Lc 19, 28- 40 ; 23, 1-49) (par P. P. Madros)        

 

« Hosanna au Fils de David » : nous allons le chanter à Jérusalem, en procession solennelle,  avec le Patriarche-archevêque catholique romain (latin) de la Ville Sainte et d’autres évêques et fidèles. Plus que les évènements qui ont lieu dans la patrie du Christ, ce sont les mass médias qui gonflent les épisodes sporadiques de violence. Et les pauvres chrétiens, de loin, s’imaginent que toute la Palestine est à feu et à sang, comme la Syrie ou l’Irak. Ils ont peur. Ils restent chez eux !

 

« Béni soit celui qui vient : le Roi ! »

Acclamation messianique au Souverain davidique. Elle rappelle le chant des anges lors de la naissance du Christ Sauveur, avec de petites variantes. Ici, c’est : « Paix au ciel et gloire au plus haut des cieux ». Pas d’accord avec nos frères aînés les Juifs sur Jésus de Nazareth : pour la plupart d’entre eux (sauf les Juifs messianiques), il n’est pas le Messie ! D’autre part, nos « exégètes » ne semblent pas s’accorder sur la cause de l’origine davidique de Jésus. Certains se contentent d’une filiation davidique légale, par Saint Joseph, « fils de David », en insinuant que la Sainte Vierge venait de la tribu de Lévi, en tant que cousine d’Elizabeth femme du prêtre Zacharie, futurs parents du Baptiste. D’autres, plus timides mais non moins déterminés, affirment la provenance davidique de la Sainte Vierge, non seulement parce que l’on se mariait – et l’on se marie encore- entre parents, mais aussi parce que Saint Paul, fort en généalogies, déclare  (Rom 1,3 ; et 9, 5) que « le Christ est fils de David  selon la chair « κατα σάρκα », descendant des « pères » (des patriarches), donc d’après la nature non  d’après la loi.

 

Roi comment ?

Le désaccord, qui ne signifie pas la haine ni l’hostilité (au moins de la part des chrétiens), éclate encore ! Comme Jésus le dira à Pilate, son royaume à lui n’est pas de ce monde (Jn 18, 36). Le messianisme juif ne l’entend pas de cette oreille. Il attend un Machiakh puissant משיח, avec domination politique, territoriale et militaire à la David et à la Salomon, non sans harem ni argent. Le Coran suit cette idéologie en refusant l’idée de la crucifixion de « Issa », « le Massih » المسيح, comme indigne (4 : 157) ! Il paraît que les « judéo-nazaréens », déçus par « l’angélisme » et l’excessif détachement de Jésus, et la frustration de ne pas voir le Temple reconstruit, ont fondé une nouvelle religion en Arabie, connue, par ailleurs, comme « la mère de toutes les hérésies ».

A Jérusalem, nous marcherons ce dimanche en procession, en dehors des églises, parmi les musulmans palestiniens (phénomène interdit dans la plupart des pays islamiques), et les policiers et les soldats israéliens, ainsi que quelques badauds. Sans respect humain, nous chanterons à tue-tête, non par triomphalisme mais pour témoigner de notre foi ! Nous les chrétiens de la Terre Sainte, pierres vivantes, et les pèlerins, compatriotes spirituels du Christ, nous acclamerons le Roi céleste ! Peu nous importent les réactions ! Nous ne nous faisons pas d’illusions : nous-mêmes sommes bien capables de crier : « Crucifie-le, crucifie-le ! »

 

De l’évangile de la Passion (Lc 23, 1- 49)

Quelques réflexions qui ne prétendent pas être exhaustives.

Une double charge contre Jésus : « Cet homme met le trouble dans notre nation, empêchant de payer les impôts à César, et  se disant Christ Roi » ! L’Evangile et l’Histoire ont prouvé que le Christianisme donne « l’humanisme intégral », l’harmonie et l’égalité entre hommes et femmes, la sérénité des croyants, excellents citoyens (Don Bosco), la prospérité due à la flexibilité de la foi chrétienne qui n’est pas liée à des éléments matériels  et physiques.

Mensonge ! Calomnie ! Jésus n’a jamais empêché de payer l’impôt à César ! Les accusations antichrétiennes ne se gênent pas : les adversaires « mentent comme ils respirent ». Ils font flèche de tout bois, sauf celui de la Croix !

« Il se dit Christ Roi ! » Là, les adversaires disent vrai. Nous ne pouvons pas nier notre foi pour défendre notre peau. Le gouverneur interroge Jésus : « Alors, tu serais un roi ? » Jésus ne nie pas, par trouille, par peur bleue, par lâcheté ! Heureusement, après la clarification du Nazaréen sur la nature spirituelle de sa royauté, Pilate réagit avec bon sens et honnêteté (jusqu’à maintenant !) : « Je ne vois pas de cause de condamnation ! » En d’autres mots, une royauté spirituelle ne casse « les pieds » d’aucun des puissants de l’empire !

 

Une alliance peu catholique : Pilate et Hérode Antipas !

Voici nos deux adversaires traditionnels machiavéliques : Pilate, un païen romain, fier et dédaigneux des Juifs, peuple assujetti à la grande Rome ; et Hérode Antipas, un vieux « renard » ni chair ni poisson, mi Juif mi Iduméen. Les deux tristes sires se haïssaient et se méprisaient royalement ! Mais pour se débarrasser précisément d’un illuminé faiseur d’embarras, un certain Jésus de Nazareth, ils se tendent la main !

Cette soudaine sympathie entre deux ennemis cordiaux, pour en finir avec les casse-têtes, quitte à condamner à mort un innocent, nous aide à comprendre les « alliances » les plus étranges ! Il suffit de tomber d’accord contre Jésus, le Christianisme, l’Eglise : tout est bon et tous sont valides : des athées (qui se moquent des religions !) s’allient avec des islamistes contre les chrétiens d’Occident ; des hindous se mettent d’accord avec des bouddhistes contre l’Eglise…, des « communistes » s’allient avec des « capitalistes » pour l’avortement, l’euthanasie, de nouvelles formes de « mariage »…

 

Le drame des chrétiens d’Orient (et de certains pays d’Asie, d’Afrique…)

Les génocides des chrétiens de la Syrie, de l’Irak, autrefois des Grecs, des  Syriaques, des Arméniens, risquent de vider d’entières régions de leurs habitants originels, les chrétiens, devenus comme les Amérindiens. Les chrétiens du Liban ont été menacés : ou bien vous payez l’impôt (tiens, encore un autre César, religieux cette fois-ci !) ou bien vous passez à l’Islam (« soumission » selon la langue arabe). Cette alternative se trouve littéralement et en esprit, textuellement, dans le Coran 9 : 29. Je dirai même plus : c’est le dernier mot du Coran qui abroge bien 114 versets bienveillants (d’après les exégètes musulmans anciens qui font autorité et, dans ce cas, unanimité).

Alors, quand nous ne pourrons plus chanter « Hosanna » en Orient, les pierres crieront !

Franchement, nous préférons que la solidarité chrétienne, spirituelle bien entendu, nous vienne en aide, « aide à l’Eglise en détresse » ! Nous voulons rester chez nous, à Jérusalem, en Judée, en Samarie, en Galilée, à Damas, à Bagdad, au Caire et jusqu’aux confins du monde, même au Yémen où quatre missionnaires de la charité ont porté les palmes du martyre et les oliviers de la paix éternelle, « après avoir lavé leurs tuniques dans le sang de l’Agneau » et le leur !

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