Homélie du deuxième Dimanche de Pâques de l’année C

La peur, excellente conseillère, le pardon, meilleur remède !!

(Ac 5, 12- 16 ; Ap 1, 9-19 ; Jn 20, 19-31)  (par P.P. Madros)

 

Les « disciples » se réunissent régulièrement « sous le portique de Salomon » (Ac 5, 12). Même les exégètes les plus agnostiques ne mettent pas en doute les prophéties de Jésus sur la destruction du Sanctuaire. Certains en font l’unique raison ou prétexte pour la condamnation à mort du Nazaréen. Les premiers judéo-chrétiens fréquentent le Temple, mais sans illusions (contrairement à ceux de nos jours, semble-t-il bien). Ils savent que bientôt « leur Maison sera abandonnée, désolée ». Ils voient venir la « poudre » du rejet, bien que, dans une première « lune de miel », « des multitudes d’hommes et de femmes (aujourd’hui on commencerait par les dames !)  s’adjoignent  au Seigneur, par la foi ». Des miracles à tout casser ! Des guérisons innombrables ! Combien souhaitons- nous, au Moyen-Orient et même en Europe, un tout petit peu de ce cadre aussi idyllique qu’authentique de la primitive Eglise ! Par exemple, toujours au nom d’Allah ! Un prodige pour les pauvres chrétiens d’Irak et de Syrie ! Un miracle que des dirigeants politiques occidentaux de poids « embrassent le Seigneur, par la foi »,  au lieu de le combattre et d’essayer constamment de l’éliminer et de miner la morale chrétienne, sous prétexte de laïcité et de liberté (une nouvelle idole qui a une statue à New York, cadeau de la France !)

 

Des tribulations pour le Royaume (Ap 1, 9 ss)

Depuis la Passion de Jésus, les épreuves et les persécutions font partie intégrante du Royaume : l’apôtre bien-aimé avait compris cette antienne. Il écrivait de l’île de Patmos, « un jour du Seigneur ». En tous cas,  « le jour du Seigneur », kyriakè en grec Κυριακή, ghiraghi en arménien կիրակի, ne peut être que le dimanche, dans le vocabulaire et la tradition chrétiens. Jean le théologien prend part aux souffrances des églises. Et là, nos sentiments se mêlent : d’un côté, par la foi et « la constance », nous sommes ravis de participer par les tribulations et les épreuves purificatrices  à la Passion du Sauveur ;   de l’autre, notre nature humaine gémit. Par ailleurs, nous désirons voir un peu le Royaume du Christ avancer, surtout parmi ceux qui « nous déportent », nous enlèvent et nous tuent  ! Ce n’est pas notre faute : c’est le Maître en personne qui nous a invités à prier ainsi toujours « Que ton règne vienne ». Il ne nous en voudra pas si nous sommes un peu impatients, surtout parce que notre vie est brève ! En 2016 une grande mosquée, la plus grande, aux Etats-Unis, a été inaugurée par les Présidents Américain et Turc. Pourquoi pas une nouvelle et belle église au Pakistan où une soixante de chrétiens ont perdu la vie dans un nouvel attentat ? Ou une église en Arabie Saoudite, terre « de tolérance et de rencontre », selon une exposition à Rome ? Il faudrait pour ce faire un miracle de gros calibre !

 

La peur bleue des disciples et l’apparition du Ressuscité (Jn 20, 19- 31)

Une semaine après la résurrection du Crucifié, les disciples sont toujours enfermés : c’est la première « clôture » dont nous ayons connaissance ! Ils ont raison d’avoir peur , qui, pour une fois, n’est pas « mauvaise conseillère » ! La témérité, elle, aurait été désastreuse ! Avoir peur, quand il y a une cause raisonnable et plausible, relève de la sagesse et de l’intelligence ! Nous les Arabes, nous avons un proverbe pour l’occasion : « Qui n’a pas peur ne saurait faire peur » !اللي ما بيخاف ما بيخوّف Et voici que les suffixes « phobe », « phobie » ont acquis irrémédiablement et sans appel, dans la dictature du relativisme,  un sens péjoratif. Des mass médias, peu catholiques d’ailleurs, nous imposent  des idéologies et des mentalités condamnant toute peur, même justifiée ! « A-t-on raison de ne pas craindre l’inconnu,  l’étrange, l’étranger sur lequel nous ne savons rien, pas même le nom, et qui refuse de laisser prendre ses empreintes digitales, ou- et celui qui a une culture diverse et souvent contraire à la nôtre ? » (Patrick Occonell). Par contre, ces mêmes médias semblent nourrir une crainte, volontiers paralysante,  des attentats terroristes. Mais beaucoup de citoyens ont combattu la terreur dans le sens de la peur exagérée qui empoisonne ou réduit la vie.

 

 « Prenez l’Esprit Saint : ceux dont vous remettrez les péchés leur seront remis »

Premier cadeau du Ressuscité : la rémission sacramentelle et certaine des péchés, après un processus de jugement, selon des critères raisonnables, secondés par la grâce du Sacrement apostolique de la réconciliation. Espérons qu’après la lettre du pape François, les catholiques se confessent beaucoup plus ! Le dialogue du pontife avec Torinelli s’intitule « Le nom de Dieu est Miséricorde ».  Tout au long de ce message, le pape demande aux évêques et aux prêtres d’être des confesseurs sympathiques ! L’on peut s’autoriser cette interprétation, même si elle ne figure pas textuellement dans la lettre apostolique. Oui, « sympathique » au sens étymologique « souffrir avec » les pénitents, et non pas les regarder de travers, ni les surveiller laconiquement à partir d’une tour d’ivoire ! Ensuite, nous avons tout lieu d’affirmer, avec un pape aussi bon papa qu’il entend voir des confesseurs « vachement sympa », pour parler gaulois ! Oui, un clergé antipathique, surtout celui qui assomme les fidèles par de longues et ennuyeuses  prêches, à s’endormir debout, ou qui les harcèle avec des questions trop délicates ou de dures remontrances pendant la confession, ne fait qu’éloigner de la maison paternelle les fils prodigues à peine revenus !

 

Conclusion

« Une homélie doit être brève », a demandé  le pape François. La seule excuse de la longueur de celle-ci  (et d’autres) est qu’elle n’est pas prononcée mais seulement écrite. La variété des sujets traités non seulement s’inspire des lectures du dimanche mais voudrait, sans prétention, donner des idées, surtout orientales et parfois drôles, aux fidèles francophones et à d’autres prédicateurs. Entre chrétiens et catholiques, on vous demande, à vous aussi, clergé et fidèles, d’être « miséricordieux » et indulgents ! C’est là notre force… et notre faiblesse !

 

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