Le 3ème Dimanche de Pâques C

«  Interdit d’évangéliser ! »

(Ac 5, 27-41 ; Jn 21, 1- 19)     (par P.P. Madros)

 

Le grand prêtre « tance » solennellement, devant le Sanhédrin (même coup que celui fait à Jésus) les pauvres apôtres du Nazaréen : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner en ce nom-là ! » Les écrits rabbiniques vont effectuer une apocope de ce nom : de « Yeshoua’ ישוע », il deviendra « Yeshou   ישו », en laissant tomber la dernière lettre. En outre, dans certains milieux rabbiniques, à partir de chacune des trois lettres qui restent, un mot a été formé : y yimmah ; sh shmô ; w wzikhrô : « Que son nom et son souvenir soient effacés » « יימח שמו וזכרו ».

Que de fois, sous prétexte d’œcuménisme, de « respect pour la liberté religieuse », nous nous interdisons à nous-mêmes d’évangéliser, alors qu’aucune loi ne le proscrit ! Une laïque Française notait : « Aux non chrétiens, les Catholiques donnent à manger, et parfois un logis ; les autres chrétiens évangélisent ! » Le grand orientaliste, Père Samir Khalil, jésuite Egyptien, voyait et voit toujours que l’un des avantages de la présence de Musulmans, par exemple, en Occident, réside dans la possibilité, voire le devoir, de leur annoncer l’Evangile, chose précisément interdite, donc téméraire et pratiquement impossible dans leurs pays islamiques d’origine. Au contraire, beaucoup d’entre eux islamisent et font des convertis qui, facilement, deviennent djihadistes (le 23 pour cent) en Syrie, Irak, Afghanistan etc. Eh bien, en ignorant Vatican II qui a écrit que l’Eglise «était « essentiellement missionnaire », on se contente du « témoignage de la charité ». Mais Jésus a non seulement donné à manger, et a guéri mais surtout il a enseigné, il a annoncé l’Evangile. Certes, pas de prosélytisme. Un prêtre Français le disait : « Proposer non imposer la foi ». C’est d’ailleurs le plus grand acte de charité fraternelle et d’amour du prochain de proposer Jésus-Christ « Seigneur et Sauveur » (pour parler comme saint Pierre et les autres apôtres) et d’annoncer la Bonne Nouvelle !

 

Le réquisitoire continue : « Vous voulez faire tomber sur nous le sang de cet homme-là ! »

Nous retrouvons l’expression « cet homme-là », au péjoratif, dans des écrits rabbiniques « Plôni  פלוני, arabe Foulane فُلان Untel ». L’accusateur sacerdotal des apôtres a mauvaise mémoire. Or, un proverbe arabe dit : « Si tu es menteur, tâche d’avoir la mémoire solide » (إذا كنتَ كذوبًا فكُن ذكورًا). N’étaient-ce pas « les grands prêtres et les anciens  du peuple hébreu » à chuchoter aux foules, ce vendredi-là 12 nisan, de crier à tue-tête : « Que son sang (toujours de cet homme-là !) retombe sur nous et sur nos enfants ? » (Mt 27, 25) ? Mais supposons que l’initiative ait été celle du peuple, sans incitation de la part de « l’aristocratie du Temple » : la réalité s’impose ! Ce ne sont pas de pauvres pêcheurs Galiléens, morts de peur, faibles, frêles et fragiles, qui vont se payer le luxe d’accuser les « gros bonnets » de la nation ! Ici, le grand prêtre fait ce qu’on appelle en psychologie une projection : il reproche aux amis de sa victime de reprocher aux bourreaux leur crime ! Comme quoi, non seulement est-il interdit de nommer « cet homme-là », il est interdit et passible de punition de souligner la responsabilité de ses bourreaux. Ce scénario se répète à l’indéfini chez les chrétiens persécutés, en Orient et en Occident.

 

Réponse de Pierre et de ses collègues : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ! »

Apostoliquement, chrétiennement correct et impeccable ! Les fidèles, sous des gouvernements antichrétiens qui émettent des lois iniques (avortement, euthanasie, contrôle artificiel des naissances, jeux de génétique, unions non bénies par Dieu…) n’ont pas le choix : ou bien obéir à Dieu ou bien à l’iniquité, l’injustice, l’impiété et l’immoralité. Et ils doivent parfois payer cela bien cher, par exemple les hôpitaux et les cliniques catholiques aux Etats-Unis…

Mais, dans une toute autre mentalité et un tout autre contexte, alléguer l’obéissance à Allah pour désobéir globalement à l’Etat et à ses lois légitimes, constitue une grave subversion, une désobéissance civile, qui devient facilement plus ou moins violente, sous prétexte que, en tant que Musulmans, leur religion ne commande leur loyauté et leur allégeance qu’à un souverain musulman (non « infidèle »), en somme n’être loyaux qu’à Allah, Mahomet, au Coran, à l’Islam. Avec ces principes-là, ceux de la « domination » (wilayah الولاية) et de la loyauté-allégeance (   والبراءالولاء ) une situation explosive se crée : ou bien le « fidèle » musulman désobéit à l’Etat « infidèle » (donc subversion ou ghettos, avec des zones de « non droit ») ou bien il est loyal à un Etat laïc et non musulman, allant ainsi carrément- s’il en est conscient- contre son Dieu, son prophète, son Livre saint (Coran 5 : 51) et, partant, contre sa conscience . L’Occident ne connaît-il pas les représentants des deux groupes, aussi problématiques : des « extrémistes » ingouvernables qui réclament la chari’ah pour l’Occident aussi, d’un côté ; et, de l’autre, des « intégrés », mais aux dépens de leur conscience et en dépit de leur religion ?

L’Eglise admet « l’objection de conscience » mais exige de proposer ou d’accepter un autre moyen de servir la patrie, autrement que par les armes, d’après la non violence et « la douceur du Christ » (Mt 26, 52).

Comme on le voit, l’Ecriture et, donc l’homélie, ne saurait rester étrangère aux réalités et aux vicissitudes de notre vie ici-bas. Nous ne sommes pas des Robinson Crusoë ; pas davantage d’extra terrestres ! Moins encore des anges désincarnés ! Il nous faut bien penser et bien vivre sur terre, « levain dans la pâte », « sel de la terre » et, malgré nos ténèbres personnelles et collectives, « lumière du monde » !

 

Réaction des apôtres après avoir été copieusement fouettés

Heureux, ravis pour avoir été « jugés dignes de subir des outrages pour le Nom ». Notons d’abord le paradoxe typiquement évangélique : dignes d’être offensés, maltraités, chahutés, battus ! Cela nous rappelle le « plaisir » d’une protagoniste de Molière, une épouse battue par le mari : « Et s’il me plaît à moi, d’être battue ?! » Comme quoi, « entre femme et mari, ne mets pas le doigt », dit un proverbe italien : « Tra moglie e marito, non mettere il dito ! ». Conclusion spirituelle : être malmené pour le Christ et pour les bonnes causes en général, c’est un honneur, une insigne dignité !

« Dignes de subir des outrages pour le Nom ! ». Tiens, toujours le Nom innommable ! Les apôtres, tous Juifs, déclarent dans cette expression la divinité du Christ. Oui, pour les Juifs, jusqu’à maintenant, « le Nom », « Ha chême  השם », c’est Dieu le Seigneur lui-même ! Les judéo-américains de Brooklyn, état-major du mouvement des « Témoins de Jéhovah », ont tout de suite saisi la signification de l’expression qu’ils se sont empressés de modifier et de manipuler, ou plutôt de « diluer » et de relativiser. Voici comment ils rendent le verset : « Dignes de subir des outrages pour (son) nom » ( « n » minuscule aussi). Non ! C’est le Nom, en forme absolue, bien intentionnelle : Jésus-Christ est le Nom ! Même philologiquement, « Jésus » Yehoshoua’ en hébreu contient celui de YHWH « Yeho » YHWH sauve. Et il est l’incarnation de YHWH Sauveur !

 

Bon ! Et l’évangile de ce jour : la pêche de cent cinquante trois poissons ?

Il ne s’agit pas de poissons pourris, comme ceux d’Ordralfabétix ! Ils sortent tout frais de la mer de Galilée, et, autre miracle, ils n’ont pas rompu les mailles des filets ! Ce chiffre a fait penser et couler de l’encre. Certains exégètes n’y voient qu’une valeur symbolique : l’Eglise qui rassemble dans ses filets toute espèce d’humains, sans discrimination, cf Mt 13, 47-50. Mais le témoin oculaire qui nous raconte le fait n’entend pas faire de la métaphore ! Les apôtres n’avaient rien pris et tout d’un coup, obéissant à la suggestion d’un étranger, voici les filets qui risquent de se rompre ! Une pêche « à tout casser » presque ! Donc, pas étrange qu’ils se mettent à compter, d’autant plus qu’au nombre des poissons correspond un gain financier si on les vend, puisqu’on ne va pas pouvoir les manger tous !

Saint Jérôme note que les espèces de poisson étaient 153. D’autres commentateurs voient en ce chiffre le nombre des peuples dans la liste de l’Empire romain. Donc, en fait, symboliquement tous les peuples.

 

Conclusion : Jésus est le Nom, le Seigneur, et nous … ses amis !

Logiquement, nous aurions dû dire « Et nous nous sommes ses serfs, ses servants, ses serviteurs, ses esclaves » (ce dernier titre plaît à Saint Paul et l’émeut). Mais lui nous déclare : « Je ne vous appelle plus mes serviteurs, mais mes amis, car je vous ai informés de ce que le Père m’a dit ». Acceptons l’humiliation et les outrages, comme des « esclaves du Christ » pour « être jugés dignes » de rester ses amis, lui l’Ami toujours fidèle !

 

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