Homélie du 23ème Dimanche de l’année C

« Haïr » sa famille pour suivre le Christ?

(Philem 9-10, 12-17; Lc 14, 25- 33)

(Par P.P. Madros)

 

L’esclave Onésime: un « enfant terrible »!

Le billet à Philémon nous donne un exemple… d’intercession des saints! Déjà, le deuxième chapitre de l’évangile de Jean, aux noces de Cana, illustre l’intervention-intercession décisive de la Sainte Vierge (2, 1-11). Ici, dans cet humanisme chrétien émouvant, le premier pas apostolique déterminant se fait pour l’abolition de l’esclavage dont le Christianisme aura finalement raison! Rien qu’un détail entre mille autres dans l’histoire de l’Eglise: les Ordres religieux « mercédaires », de la merci, étaient explicitement destinés « à la rédemption des captifs ».

L’esclavage! Jésus ne pouvait le supporter! « Prenant lui-même la forme d’un esclave » (Phili 2, 4 s), il a tenu à en dispenser tout être humain qui en ait affligé! Il a déclaré guerre à la guerre, donc non seulement à la violence, mais aussi au « butin », à l’asservissement et à la captivité des vaincus, surtout femmes et enfants, dans le cadre du « herem » juif auquel correspond « le jihad » coranique. Plus de distinction, dans la législation de Jésus sur le mariage, entre « esclaves et hommes libres », pas davantage de distinction ni de discrimination entre « épouses et concubines », une « notion » chère au vieux patriarche Abraham, à un David et surtout à un Salomon déchaîné. Puisque le Coran 4:3 distingue entre « femmes libres  » (hara’ir) et « captives de guerre, possédées par la main droite » soit de Mahomet soit des hommes musulmans, et puisque le Coran, pour ses fidèles, est valide pour tout temps et tout lieu (donc pour l’Occident aussi), pour appliquer le Coran, l’esclavage et la guerre doivent toujours exister, autrement une partie importante du Coran tombe.

Abolissant, en puissance, en principe et en fait, l’esclavage social (bien que celui-ci ait continué à exister au Moyen Age), Jésus a magistralement mis en relief la servitude morale: celle du péché: « Amen amen je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave » (du péché). Il s’agit de la pire des servitudes. Le Christ nous en délivre.

Saint Paul, prisonnier, avait évangélisé et baptisé l’esclave Onésime. Celui-ci se fait renvoyer par son maître Philémon. Il avait volé, paraît-il. Donc, « il n’a pas volé » le renvoi! Mais, chez les chrétiens, la miséricorde est le mot d’ordre! Le pape François ne fait qu’y insister.

Les fondements de l’esclavage sont encore une fois secoués! Paul écrit, plus ou moins: Cher Philémon, ce malheureux Onésime est à considérer comme un frère! – Et depuis quand, brave Apôtre, un esclave est-il devenu tout à coup un frère, surtout avec un spécimen aussi antipathique et nocif qu’Onésime? Eh bien, nous répond saint Paul, depuis le baptême: « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous vous êtes revêtus du Christ: il n’y a plus ni homme ni femme, ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre » (Gal 3, 26 s). Bref, « Vous êtes un dans le Christ  » (ibid.) Un avec les « Gentils », un avec les esclaves? C’est gros, dur à avaler!

Dans l’évangile de ce jour (Luc 14, 25-33), il y aura d’autres « grenouilles » métaphoriques à s’ingurgiter (expression hébraïque)!

 

Jésus déclare à peu près ceci: « Celui qui veut me suivre doit ‘haïr’ sa famille! » Ah bon?!

Qu’est-ce qu’elle est sage l’Eglise catholique, aussi dans ses éditions de la Bible! Elle ne publie jamais les textes sacrés sans introductions ni notes. Ainsi, elle laisse peu ou pas de place aux malentendus et aux interprétations farfelues qui non seulement pullulent ailleurs mais ont été la matrice, toujours féconde, de nouvelles dénominations pratiquement innombrables et incontrôlables, surtout depuis le seizième siècle. Voici un « logion » du Seigneur qui doit absolument être bien expliqué: « Celui qui vient à moi sans haïr ses père et mère, épouse et enfants etc (pas de mention de « belle-mère ») … ne saurait être mon disciple »! Ne dites pas que c’est facile ou commode, ni à comprendre ni à appliquer!

En tous cas, essayons ensemble de saisir la pensée du Maître!

Un Pinhès Lapide, un Juif italien qui sympathise avec le Christ, aurait dit: « Pas de souci! Il s’agit d’une erreur de traduction! Jésus ayant parlé l’araméen, le traducteur en grec de l’évangile aurait fait gaffe en utilisant le verbe odieux « haïr »! » L’on ne peut s’allier à une pareille théorie puisque saint Luc, « le bien-aimé médecin », était calé en grec et, en tant que prosélyte avant sa conversion, il aurait aussi étudié l’hébreu et l’araméen.

Le texte de Luc est bien établi dans tous les manuscrits. Comme toujours, il faut d’abord expliquer la Parole de Dieu dans son contexte historique. Jésus trouve devant lui des Juifs et des païens. Invitant les uns et les autres à le suivre, à commencer par les Juifs, il a pleinement conscience de l’inimitié, l’hostilité, l’adversité, l’animosité et la haine que ceux-ci vont rencontrer de la part de leurs familles, restées juives ou païennes (cf Mt 10, 30 ss). Le Maître n’hésite pas à qualifier de « feu, glaive » cette friction et cette tension entre ses disciples et les autres, au sein même de la famille ou au sein de la famille même. La parole divine dans Osée se vérifie: « Les ennemis de l’homme sont les membres de sa maison » ou de sa famille.

Note: le terme latin « familia », reproduit dans la plupart des langues européennes, signifie initialement « esclavage, servitude », précisément l’esclavage de l’amour humain qui excelle dans le mariage chrétien, un et indissoluble. Cf Galates 5, 13; 1 Pierre 1, 22.

Les experts en langue hébraïque nous disent que le verbe « sn’ » שנא signifie « aimer moins ». Dans le dialecte palestinien de Jérusalem, le verbe correspondant « shanah » veut plutôt dire « se dégoûter, se désillusionner » que « haïr » : شنيتو. L’exemple classique donné par les spécialistes bibliques est le texte de Malachie 1, 2-3 et c’est Dieu qui parle: « J’ai aimé Jacob et haï Esaü », éponyme d’Edom (Gn 36,1; Dt 2, 1-5), dans le sens « je l’ai aimé moins que Jacob ». C’est vrai: le Dieu de la Bible, surtout du Nouveau Testament, aime les hommes même les pécheurs. (Par contre, dans le Coran bien 43 fois Allah « n’aime pas » des hommes: injustes, incroyants, hypocrites etc). Nous lisons dans le livre de la Sagesse 11, 23 s: « Tu as pitié de tous, Seigneur, et tu ne hais rien de ce que tu as fait ».

A partir de cet arrière-fonds biblique, certains experts traduisent: « Celui qui veut me suivre et ne me préfère pas à ses père et mère, femme et enfants… » Dans d’autres passages, Jésus avait demandé la rupture, le détachement complet de la famille restée incroyante (Lc 9, 57-62).

Par contre, nous voyons la véritable haine de la famille dans des idéologies modernes qui imposent avec dictature la destruction du couple, de la famille et de la vie, à commencer dans les programmes scolaires des enfants, même dans la phase élémentaire. N’est-ce pas là autant de cas de scandales, de pierres d’achoppement pour « ces petits » qu’on veut à tout prix dépraver et dévoyer en les orientant ainsi, ou plutôt les désorientant, et les dénaturant? Récemment, des parents européens font de plus en plus part de leur préoccupation pour l’éducation de leurs enfants si l’école catholique va être inexorablement et cruellement obligée elle aussi d’enseigner le courant « gender » ou « couple homosexuel » et « géniteur 1 et géniteur 2 » au lieu des réalités multiséculaires établies merveilleusement par le Père Eternel et Mère Nature!

 

Conclusion

Le mystère reste toujours malgré nos efforts: pourquoi aimer Jacob et aimer moins Esaü, et ce chez Dieu lui-même? Ce dernier s’est rendu antipathique et « haïssable » parce que violent et vil, vendant sa dignité pour un plat de lentilles (un truc végétarien aussi, sans offense!) Mais Jacob: en soi, pas plus aimable: un fourbe, avec la complicité de sa mère! Alors, demandons déjà pardon à Dieu avant de dire ce qui suit: Dieu semble préférer les fourbes aux imbéciles! C’est comme pour le nombre. Une chanson espagnole, du temps des Maures, on suppose, disait: « Les Sarrasins sont venus et nous ont fixé des poteaux (de potence), car Dieu aide les méchants quand ils sont plus nombreux que les bons ». Nous, chrétiens du Moyen Orient, nous sommes sidérés et choqués par la détermination de nos frères européens de devenir une minorité en Europe!

Bref, Jésus nous aime tous et nous demande d’aimer tout le monde, donc de ne haïr personne, mais de le préférer, de le choisir. Et la décision dictatoriale d’éliminer le Christ de la vie publique, chez des nations de civilisation chrétienne, a été et reste la cause directe de leur déclin et décadence. Dieu devenu « le dernier servi » ou « l’Eliminé, « les fondations tombent » de la civilisation et de l’humanisme tombent. L’esclavage universel du péché et de la dépravation s’installe irrémédiablement. Aujourd’hui, comme il y a vingt siècles, l’Eternel Nazaréen a raison de crier: « Si le Fils vous libère, vous serez jamais libres » (Jn 8, 36). Nous pouvons ainsi paraphraser ses paroles, dans un ton provocateur, polémique et salutaire, « quoi qu’on die »: « Si le Christ ne vous libère pas, vous pouvez courir: vous ne serez jamais libres »!

 

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