Fête de Notre-Dame de la Palestine

Le 31ème dimanche C

Au Patriarcat Latin de Jérusalem : « Fête de Notre-Dame de la Palestine »

 

Pauvre terre du Christ qui a enrichi le monde !

 (Ac 1, 12-14 ; Ap 11, 19 et 12, 1-5 ; Lc 1, 41- 50) 

(P.P. Madros)

Le dernier dimanche d’octobre, le Patriarcat Latin (en Terre Sainte, Jordanie et Chypre) fête « Notre Dame de la Palestine », titulaire du sanctuaire de Deir Rafat   دير رافات, entre Jérusalem et Jaffa, fondé en 1927 par le Patriarche Luigi Barlassina. Il ne faut pas avoir peur ici du mot « Palestine », nom historique de la région, sans aucune note politique ou sectaire. Le pays s’appelait bien « Palestine », nom attesté dans Hérodote (cinquième siècle avant J.C.) sous la forme de « Syrie de Palestine ». Au premier siècle de notre ère, l’empereur romain Adrien baptise la région « province de Syrie Palestine ».   Mais, pour les malheurs et les guerres, le pays du Christ a précédé  l’Irak et la Syrie où continuent « les génocides des chrétiens et d’autres groupes » (le pape François). Que les temps ont changé ! En 1929, les chrétiens palestiniens locaux, de Dan à Bersabée, constituaient au moins le 39 pour cent de la population : aujourd’hui moins de 2 pour cent !

Les réfugiés palestiniens sont tombés dans l’oubli en comparaison avec leurs frères de malheur de Syrie et d’Irak, bien que les déplacés palestiniens (sans possibilité de retour) forment plus de 80 pour cent de ce peuple. On estime que les chrétiens locaux palestiniens ou arabophones  résidant encore en Terre Sainte sont moins que le 15 pour cent des chrétiens palestiniens.  « Les cloches sonneront-elles encore » dans la patrie du Christ, en dehors des sanctuaires ? Y aura-t-il encore des chrétiens locaux (pas des touristes ni des pèlerins seulement) dans deux décennies ?

Au centre des lectures : la Vierge-Mère

Lc 1 : 41 s :  la brave Elizabeth est enceinte, malgré son âge avancé. De temps en temps, même dans une Europe surtout occidentale tragiquement  peu enthousiaste pour la vie,  des dames non plus très jeunes constatent des grossesses inattendues ! L’on ne saurait décrire leur bonheur ! Leçon pour les plus jeunes !

 Bref, la femme âgée de Zacharie (un prêtre marié !) attend un enfant ! Incroyable, même pour le futur papa ! La Sainte Vierge a cru à la double annonciation rapportée dans la vision angélique : la grossesse d’Elizabeth (l’ange Gabriel n’était pourtant pas homme à plaisanter !) et la sienne, sans homme ! Quelle tristesse de ne plus vouloir expérimenter la joie d’une nouvelle naissance !

Marie de Nazareth ne se contente pas de dire un « Ah bon ! » crédule ! Elle se décarcasse. Sans doute, assez tôt durant le voyage peu commode pour Aïn Karem en Judée, elle va sentir les premiers symptômes de la grossesse. L’évangile souligne « la hâte » de Marie de Nazareth pour visiter Elizabeth de Aïn Karem . Pour une femme enceinte, ce n’était pas évident !

« Elle entre dans la maison de Zacharie », muet pour le moment, modèle des « prêtres incrédules » ! Elle salue Elizabeth. Déjà le fœtus a un mot à dire : il tressaille dans le sein maternel. Il s’agit du futur  prophète  Jean-Baptiste, un dur et un pur qu’Hérode Antipas aura du mal à faire taire. Son cousin Jésus : pareil !

A tue-tête, Elizabeth a la force de crier : « Bénie es-tu entre toutes les femmes et béni le fruit de tes entrailles ». A l’unisson avec le messager céleste qui avait déclaré à la Vierge nazaréenne davidique : « Pleine de grâce, le Seigneur est avec toi », la vieille dame, ni gaga ni patiente d’Alzheimer, mais bien remplie de l’Esprit Saint, achève la plus belle salutation de l’histoire : le « Je vous salue Marie ». Dommage que l’église orthodoxe ne l’a pas adoptée, malgré sa forte dévotion mariale ! Pouvons-nous, sans triomphalisme ni vantardise, y voir un exemple du génie du Catholicisme ? En tous cas, au sanctuaire de Deir Rafat, le « Ave Maria » est sculpté en 280 langues, par l’artiste palestinien de Jérusalem Mubarak Saad.

Laurentin, qui fait honneur au sacerdoce et à la France, n’a pas manqué de souligner la profondeur de la révélation à Elizabeth. Celle-ci, remarque le grand mariologue, ne se contente pas de louer le Christ, encore non né ! Femme réaliste, consciente de la dignité féminine, bientôt maman, elle commence logiquement par louer et féliciter Celle qui porte le Sauveur. Elle ne dit pas d’abord : « Béni le fruit de tes entrailles » mais bien « bénie, toi entre les femmes », hébraïsme qui signifie  « la plus bénie ». Humainement, l’on ne saurait bénir le fruit sans féliciter l’arbre qui le porte ! Nous avons dit « fruit », en araméen et en hébreu « pri » פרי. La chère Elizabeth pensait-elle à la prophétie de Michée (5, 1 s) sur la naissance du futur Messie à Bethléem « Efratha »  אפרתא, la fructueuse ?

Laurentin continue : le Saint Esprit n’a pas inspiré à Elizabeth de crier : « Comment m’est-il donné que vienne à moi mon Seigneur »,  mais  bel et bien « la mère de mon Seigneur » ?! Celui-ci avait beau être  admirable, « merveilleux,  Dieu-Fort » (cf Isaïe 9, 5), il ne pouvait se déplacer que grâce à sa mère ! Beaucoup de chrétiens « évangéliques » auraient préféré « que vienne à moi mon Seigneur », abstraction faite de sa mère « dont nous, on n’a pas besoin » !

La réponse de Marie se signale par une singulière humilité, accompagnatrice idéale de chaque maternité, et antidote puissant contre la féminine vanité !

 

« Une Femme : le soleil l’enveloppe ; la lune sous ses pieds ; douze étoiles couronnent sa tête » (Ap 12, 1 s)

Les exégètes ne s’accordent pas, comme toujours : s’agit-il de la même dame des versets suivants : « une Femme en travail… dont l’enfant mâle mènera les nations avec un sceptre de fer ». L’identité de ce bébé, fort et sévère bien que doux, saute aux yeux. Certes, l’Apocalypse souligne deux signes mais pas nécessairement deux femmes. La première description, d’une beauté cosmique reflet d’une splendeur spirituelle, est identifiée, par certains, « avec la nation d’Israël » qui aurait « engendré le Messie » ! Parfait, la nation a donné au monde le Messie… par Marie, non ? D’autres exégètes vous disent : cette Femme de Ap 12, 1 , c’est l’Eglise « qui fait naître des enfants au Christ-Epoux” ! Ah bon ! Et la Sainte Vierge n’a-t-elle pas reçu ordre, du haut de la croix, de devenir la mère  du disciple bien-aimé, en l’occurrence symbole de l’Eglise et de l’humanité ?

En laissant tomber les interprétations, considérons pastoralement que l’église de Jérusalem nous met avec émotion et admiration ce texte devant les yeux. La vibrante « prière à Notre-Dame de la Palestine » supplie la Mère du Sauveur « d’épargner cette terre où le mystère du salut a été accompli ». A voir le sort tragique de ce pays et de la chrétienté locale qui y habite, avec inquiétude, depuis près d’un siècle, on dirait que la Vierge tarde à nous exaucer.

 

Notre-Dame, toujours mère : cette fois-ci de l’Eglise (Ac 1, 12 s)

Du Mont des Oliviers reviennent à la ville les disciples de Celui dont « le nom est une huile qui s’épanche » (« Christ », Oint »), pressé comme une olive à Gethsémani, « aimé par les vierges » (cf Cantique 1, 3), à commencer par sa Mère. « Ils montent à la chambre haute »… « tous d’un même cœur… avec des femmes et Marie  la mère de Jésus et avec ses frères » (Ac 1, 13- 14).Notons tout de suite que saint Luc n’écrit pas « Marie la mère de Jésus et de ses frères » : là, cela aurait été la bonne occasion, mais bien « la mère de Jésus και τοις αδελφοις αυτου non pas και των αδελφων αυτου et avec ses frères » : donc pas enfants de Marie !

D’ailleurs, le Nouveau Testament ne raconte jamais une autre grossesse de la Vierge. Du haut de la croix, Jésus prouve indirectement qu’il n’a ni sœur ni frère charnels puisqu’il confie sa maman à un étranger, Jean fils de Zébédée (Jn 19, 25 s). Est-ce superflu de répéter que dans les langues bibliques anciennes (hébraïque, araméenne, grecque), n’ayant pas de substantifs pour désigner « neveu, nièce, cousin, cousine », on les disait tous « frère, sœur » (cf Jn 19, 25 Marie femme de Cléopas « sœur » homonyme de la Vierge Marie).

Ici, au Cénacle plutôt désigné comme « chambre haute », c’est l’idée de l’élévation qui nous est suggérée. La sublimité du Christianisme, refusée par des multitudes, a provoqué la réticence à l’accepter et le désir de le quitter. Face au matérialisme, à l’hédonisme, et au néo-paganisme qui secouent le monde « chrétien », il nous faut « revenir » à Jérusalem, à la chambre haute, avec la Vierge-Mère, en promouvant la succession apostolique, avec la maternité et la virginité, assidus « à la prière ». Annulons l’avortement, « culture de la mort », et passeport pour beaucoup d’aberrations que seule l’Eglise a le courage de dénoncer, sans dénigrer les personnes.

Conclusion

« Veille, ô sainte Vierge, avec une singulière sollicitude, sur ta patrie terrestre ! Et éloigne d’elle les ténèbres de l’erreur ici où a brillé l’éternel Soleil de justice » ! Etendons cette « patrie » à tout le Moyen-Orient !

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