Homélie du 29ème Dimanche de l’année C 2019

La constance dans la prière

(Ex 17, 8-13 ; 2 Tm 3, 14 s ; Lc 18, 1-8)

(par P.P. Madros)

 

En Terre Sainte, au Moyen-Orient, nous sommes en pleine guerre, parfois latente parfois déclarée ! La première lecture, avec les bras élevés de Moïse, nous enseigne à prier pour vaincre ou, au moins, pour nous défendre. « A la guerre comme à la guerre ! » La prière de « l’interlocuteur de Dieu » aurait été encore plus belle si elle avait obtenu non la victoire sur les Amalécites mais plutôt la réconciliation avec eux ou, mieux encore, leur conversion ! Mais, en ce temps-là, Jésus n’était pas encore venu. La fameuse « barrière » (Eph 2, 14) entre Juifs et goyim s’érigeait : insurmontable et incontournable ! Tout contact avec les goyim contaminait le Juif, pensait le peuple hébreu !

 

Inexorabilité des guerres « théocratiques »

A commencer par le conflit en Terre Sainte, il devient insoluble si les deux peuples et les trois religions en question prennent des positions précisément théocratiques,  partant du concept, bien irrémédiablement exclusif et excluant, de la « Terre promise » auquel correspond l’idée islamique du « waqf islamyy », « patrimoine islamique ». En d’autres mots, si les Juifs tiennent à l’idée de Eretz Yisrael , don inaliénable de Yahweh au peuple hébreu, et les Musulmans à l’idée de « Falastin » propriété sacrée exclusive des Musulmans , et si les chrétiens lançaient à nouveau des croisades, cette terre, plus que jamais, « mangerait ses habitants » ! Heureusement, de gré ou de force, les chrétiens sont raisonnables et pacifiques. Ils ne veulent subjuguer personne. Ils sont malheureusement trop peu nombreux pour diffuser la civilisation de la réconciliation et de « l’amour pour les ennemis » !

Pour la Syrie et l’Irak, l’effroyable guerre continue. Du Saint-Siège comme de plusieurs tribunaux internationaux, l’on nous affirme qu’il s’agit de guerres stratégiques, à fond d’intérêts militaires et économiques internationaux, où Etats-Unis et Russie sont directement impliqués. Oui ! Mais, il y a aussi une guerre « théocratique » sous-jacente entre sunnites et shiites. Les citoyens chrétiens, qui n’y sont pour rien, ont été et sont toujours les premières victimes, puisqu’ils sont dogmatiquement rejetés par un monde arabe qui se veut exclusivement musulman.

En outre, comme le souhaite le pape François, les djihadistes ne constituent qu’un petit nombre. Pas si petit que cela, pourtant : ils viennent d’une soixantaine de pays. Triste pour nous chrétiens de savoir qu’une certaine proportion d’entre eux (le 80 des djihadistes italiens, le tiers des Français), c’est des « convertis » du Christianisme. Là, nous avons une « coulpe », un examen de conscience à faire sur notre vie chrétienne, sur notre pastorale, notre catéchèse et notre prédication.

En plus de « l’Etat Islamique », beaucoup d’autres groupes de militants terroristes font guerres et attentats toujours « théocratiques », quoi qu’on dise, même en Occident. Prions donc pour la paix partout (est-ce un rêve ?) Prions pour être épargnés et pour la véritable conversion des ennemis du Christ et de l’humanité, puisque c’est lui seul « notre paix », « la Paix » en absolu (Michée 5, 5), le seul qui ait commandé d’aimer les ennemis et de tourner l’autre joue.

 

Pourquoi l’Ecriture Sainte (2 Tim 3, 14 s)

Là, nous changeons de clavier avec la deuxième lecture. Ne cachons pas que nombre d’exégèses nient l’authenticité paulinienne des « Lettres pastorales à Timothée et Tite ». Pourtant, les plus enthousiastes de cette position-là admettent l’existence de passages « personnels » de l’Apôtre ! Tant mieux ! Eh bien, celui de ce dimanche en fait partie ! Le ton est indéniablement personnel. Si certains lecteurs ont une autre opinion, nous n’allons pas partir en guerre contre eux !

Saint Paul s’adresse à son fils spirituel Timothée (on voit difficilement que l’auteur soit un autre que notre Apôtre surtout qu’il mentionne la mère et la grand-mère du disciple, 2 Tim 1, 5). « Tu sais de qui tu le tiens ». Dans l’église catholique, grâce à la succession apostolique, nous savons de qui nous tenons notre foi basée sur la Bible, la Tradition et le Magistère. Avec douleur, pensons aux millions de personnes qui ont quitté l’Eglise (ou qui ne l’ont jamais connue) et qui ne savent pas de qui elles tiennent leurs croyances, en s’imaginant qu’elles « suivent le Seigneur ». Pour ne donner qu’un exemple, douloureux : voici quelques dizaines de familles italiennes de Rome. Elles parlent de«Maldonado». Apôtre de nos jours, vingt siècles après la mort du véritable dernier Apôtre Jean ?! Il s’agit d’un certain Guillermo Maldonado né en Honduras et qui vit en Floride, Etats-Unis. Qui l’a déclaré « Apôtre » et de quel droit ? Même le Souverain Pontife ne se fait pas appeler apôtre !

« Timothée, tu connais les Saintes Ecritures depuis ton plus jeune âge », ta plus tendre enfance ! Un demi-siècle après Vatican II, trop de catholiques ne connaissent pas encore suffisamment ou pas du tout la Bible !

« Tout ce qui été écrit (avec divine révélation) est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice », à la sainteté. Est-ce méchant de relever que certains prédicateurs et catéchistes éliminent, consciemment ou inconsciemment, le devoir ou le droit de « réfuter » et de « redresser », sous prétexte de « respect, tolérance, charité, œcuménisme » ? Alors, il faudrait « rectifier » cette deuxième lettre à Timothée, en enlevant ce qui étrangement est devenu « politiquement correct » ? Voilà : aujourd’hui, il ne faut réfuter rien et personne ! Tout est bon, et « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Il ne faut redresser ni personne ni rien puisqu’on n’a le droit de ne dénoncer personne et rien.

Malgré les réticences, un disciple doit non seulement enseigner et former à une vie spirituelle solide, mais aussi réfuter et redresser, avec charité selon vérité (Eph 4, 15). Il n’y a aucune contradiction entre la critique apostolique et la charité chrétienne. C’est par amour pour les âmes que nous leur montrons la vérité et la justice, et que nous les dénonçons quand elles s’en éloignent. Laisser les gens dans l’erreur ou le péché, sans les critiquer ni les réfuter, ne relève pas de la charité : au contraire !

Pas de malentendu à propos de l’insistance dans la prière : parabole du juge inique (Lc 18, 1-8)

La corruption des représentants de la justice existe ! Nous ne le savons que trop ! Le juge d’iniquité de la parabole n’est pas une utopie ! Mais il y aussi une certaine corruption judiciaire et exécutive « théocratiques » ! Dans cette perversion, les chrétiens sont opprimés et leurs droits lésés, uniquement parce que chrétiens ! Récemment, un père de famille de Ramallah faisait part de son intention d’émigrer parce que les tribunaux ne lui rendent pas justice contre les personnes qui lui ont fait beaucoup de tort, le privant presque de sa subsistance… L’exemple se multiplie à l’indéfini dans nombre de pays…

Les considérations suivantes viennent du site anglophone « Loyola Press ». Attention ! Il ne faut pas conclure à une similitude entre Dieu et le juge inique : tous les deux auraient écouté les plaintifs seulement parce que ceux-ci leur auraient cassé les oreilles ! Non ! Jésus a voulu dire ceci : si même un juge injuste a dû faire justice à une veuve insistante, Dieu, justice et sainteté par excellence, va rendre justice à ses enfants opprimés et déprimés !

 

Conclusion

Plusieurs pôles des lectures d’aujourd’hui se manifestent : guerre, prière, connaissance biblique. Prions pour la victoire contre le mal, la conversion des méchants, le soulagement des opprimés. Avec la prière, l’action nous est demandée, selon nos possibilités et nos charismes. Il ne suffit pas de dire, de crier « Seigneur, Seigneur ». Il faut « faire la volonté du Père » ! Il faut obéir avec amour aux commandements du Père ! Il faut prier pour que « sa volonté soit faite », à savoir « que tous les hommes parviennent au salut et à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2, 4).

 

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