Homélie de la Toussaint, du 31e dimanche et du 2 novembre 2019

« N’appelez personne « père »  sur terre » ! 

(Mt 23,9 ; 1 Thess 2,7 s)  

(Père P. Madros)

 

En ces jours, nous fêtons tous les Saints surtout inconnus ; nous commémorons les fidèles défunts en même temps, cette année, que le 31 ème dimanche de l’année.

Un mot sur la Toussaint

Parmi ceux qui cherchent par tous les moyens à détruire les dogmes catholiques, voici ce que l’on nous « sert » : la soi-disant fête de la Toussaint a été inventée en France sur le modèle d’une célébration du premier novembre qui, dans une Gaule irréductible, réunissait tous les druides.

L’Eglise n’est pas née chez les Gaulois ! Dans la petite encyclopédie populaire « Liturgia » (p. 643) nous lisons ce qui suit : « Nous trouvons la première institution d’une fête (universelle non locale) dans la communauté d’Antioche, qui célébrait, le premier dimanche après la pentecôte , la mémoire de tous les saints Martyrs. A Rome, le 13 mai 608, Boniface IV consacra à Dieu l’ancien panthéon en y faisant transporter des ossements de martyrs tirés des catacombes, de là l’appellation « ad Martyres », puis « Sancta Maria ad Martyres » ; seconde dédicace sous Grégoire IV (828-844), célébrée le 1 er novembre, jour où l‘on faisait à Rome une commémoraison solennelle des Saints, ce fut l’origine de la fête de la Toussaint. Dans son Mitrale, Sicard de Crémone (+ 1215) nous apprend que Grégoire VII supprima la dédicace du 13 mai pour la transporter définitivement au 1er novembre ».

Jusqu’ici pas de trace ni de druide ni de barde  du peuple Gaulois de Vercingétorix !

L’objection revient, obstinée : la Toussaint est la christianisation du Panthéon. Oui, dans un certain sens. Christianisation signifie, dans toutes les langues du monde, rendre chrétien ce qui ne l’est pas, ce qui suppose l’élimination – non violente – du paganisme. C’est très simple : si l’Eglise était païenne, elle aurait gardé, au lieu des les effacer à jamais, le panthéon avec ses divinités, la fête du Soleil divinisé invincible le 25 décembre, celle de Romulus et Remus le 29 juin. La partie la plus sournoise des allégations des sectes consiste à débiter des demi-vérités : ces occasions païennes existaient bien ! Mais le sophisme, ou plutôt, la supercherie font  taire la différence ou le contraste entre adopter une festivité païenne et la supprimer en la remplaçant, le jour même, par une célébration  chrétienne.

Puisque nous avons d’autres sujets à traiter ici, ces réflexions  « en passant » suffisent. Très brièvement, la Toussaint est surtout la fête des justes inconnus, dont une grande partie de nos grands parents, parents, clergé… et des myriades de martyrs, de confesseurs, de vierges que nous ignorons mais dont « les noms sont inscrits dans le livre de la Vie » !

Un petit mot sur nos fidèles défunts

Nous en avons tous. Et si quelqu’un riposte qu’il n’en a pas, un comédien italien le rassure : « Vous en aurez certainement ! »

Une différence de taille se trouve entre l’Eglise catholique et orthodoxe d’un côté, et nos frères les Protestants, de l’autre, soit dit avec toute la charité, le respect et l’esprit œcuménique possible. Nous prions pour nos défunts, sûrs que « ni la mort, ni la vie ne nous séparent de l’amour du Christ ». Nos frères parlent de leurs défunts, même dans leurs églises. Ils ne prient pas ou ne prient plus pour eux. Mort le corps, l’âme et l’esprit, pourtant éternels (au moins l’esprit), n’ont plus de rapport avec nous. « C’est fini ! » Or, Jésus nous dit que Dieu est « un Dieu des vivants non de morts », donc nos défunts sont vivants auprès de lui. L’épître aux Hébreux nous fournit un texte un peu plus explicite. L’auteur, s’adressant à des fidèles d’origine juive qui se trouvaient sur cette terre pas dans une autre planète, écrit : « Vous (encore ici-bas) vous êtes rapprochés de la montagne de Sion (spirituellement) et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste (à des milliers de kilomètres de distance !), et  de myriades d’anges, réunion de fête, et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu Juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits, de Jésus médiateur d’une alliance nouvelle… » (Hé 12, 23-24). C’est la communion des saints, qui ne se termine pas par le décès ; c’est l’union spirituelle entre les vivants et les défunts, en particulier les justes et les saints.

Prions toujours pour nos défunts. C’est la seule chose que nous puissions faire pour leur bien. Et nous avons tout intérêt que l’on prie pour nous après notre décès !

A propos de l’évangile de ce jour : le prêtre appelé « père » !

Dans Mt 23,9, la recommandation de n’appeler personne « notre père » sur cette terre ne vise pas les apôtres eux-mêmes, ni par conséquent leurs successeurs, les évêques et les prêtres. En effet, Jésus s’adresse aux Apôtres en leur interdisant à eux d’appeler « les scribes et les pharisiens » (dont il s’agit au vv. 2 et suivants) « maîtres et pères ». Eux-mêmes deviendront les maîtres et les pères de la Nouvelle Alliance . Ils ont tout de suite compris ce qu’Il voulait dire. Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, voici saint Paul qui se décrit comme « une mère », « une nourrice » qui « donne des aliments à ses enfants et les entoure de soins » ! Les plus littéralistes vont rétorquer sans broncher, frisant le ridicule : « Saint Paul est en règle : il se décrit comme « une mère », or Jésus a interdit d’appeler personne « père » ! Là, nous retombons, sans le savoir, dans le piège et le style captieux de ceux et de celles qui veulent supprimer la paternité et la maternité véritable.

A l’échappatoire de l’objectant, nous signalons que saint Paul, le même !, ne se gêne pas pour se désigner non seulement comme père mais comme le père : «Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris cela ; c’est pour vous avertir comme mes enfants bien-aimés (est-il père ou mère ? Il va répondre de suite). Auriez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n’avez pas plusieurs pères (une charge contre les faux prédicateurs) ; car c’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus » . (1 Cor 4, 14-15). Les saints Pierre et Jean appellent les fidèles leurs enfants…

Nous les prêtres, comportons-nous comme pères ; l’affection et le respect filiaux des fidèles  suivront plus facilement, sans besoin de commandement !

Conclusion

Vivifiés par la rédemption du Christ, le péché nous tue à nouveau. « Pour nous, vivre c’est le Christ » et la mort devient un gain. Que la paternité divine de Dieu et la paternité-maternité humaine de nos parents et de notre clergé nous couvrent de leur tendresse, afin que « Dieu soit tout en tous » !

 

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