Le 32ème dimanche C 2019

Résurrection pour tous, même les martyrs !

(2 Macc 7, 1- 14 ; 2 Thess 2, 16- 3, 15 ; Lc 20, 37-38)

(par P.P. Madros)

 

Les frères martyrs Maccabées (2 Macc 7, 1 s)

Contrairement au premier livre des Macc, le second semble avoir été rédigé en grec, mais bien sûr avec des hébraïsmes et des aramaïsmes notoires, telle l’expression « roi du monde » του κόσμου βασιλευς qui correspond au מלך עולם à comprendre plutôt « roi des siècles », comme la formule islamique « rabb al ‘alamin ».

Les frères Maccabées sont prêts à mourir mais jamais enfreindre la Loi mosaïque interdisant la consommation du porc. Leur courage ; leur foi, leur héroïsme sont admirables ! Et penser que s’ils avaient connu le Christ, ils n’auraient pas été martyrisés « pour questions d’aliments ou de boissons » ! Paradoxalement, dans le monde contemporain, même en Occident, il suffit d’adhérer au Christ pour être discriminé, persécuté et martyrisé !

La première lecture nous offre une page inégalable sur la résurrection universelle. Dommage que nos frères les Protestants et nos « cousins » les Juifs, rejettent les Livres des Maccabées . La chose est d’autant plus étrange que les frères de « Modi’in » (aujourd’hui grande colonie pas loin de Jérusalem) sont considérés, avec raison, de grands héros du Judaïsme résistant à la paganisation hellénisante ou à l’hellénisation « paganisante » d’Antiochus IV Epiphane !

La résurrection de la chair est le souhait le plus normal pour nous, pauvres êtres humains mortels qui ne sommes pas des anges, de telle sorte qu’une survie éternelle des « âmes » seulement nous laisserait légitimement insatisfaits car notre corps a en principe le droit de participer à la gloire (ou à la honte), comme partenaire inséparable de l’âme ou de l’esprit. Saint Thomas plaide par cet argument pour l’existence de l’au-delà.

 

Sensationnelle déclaration dans l’invocation de 2 Thess, 2, 16- 17 : divinité du Verbe et unité Verbe-Dieu

Intraduisible est la formule où, parlant du Christ et de Dieu, saint Paul emploie, à quatre reprises, le singulier au lieu du pluriel grammaticalement correct : « Que notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, ainsi que Dieu notre Père (le nom de Jésus a précédé  le nom de Dieu !), qui nous a aimés (αγαπήσας) et nous a donné ( δους) consolation éternelle…, console vos cœurs et les affermisse… »

Aux mêmes Thessaloniciens, l’apôtre s’était exprimé d’une façon semblable, théologiquement correcte grammaticalement incorrecte (3, 11) : «Que Dieu lui-même, notre Père, et notre Seigneur Jésus, aplanissent (dans l’original : «κατευθύναι aplanisse » au singulier) notre chemin jusqu’à vous » !

 

Un paradis asexuel et a-aphrodisiaque !

Il convient d’abord de s’excuser auprès de l’Académie Française pour l’invention du terme « a-aphrodisiaque », avec délectation morose sur l’alpha privatif, dans le sens de : pas aphrodisiaque. Malheureusement, nous voyons de nos jours beaucoup d’offenses à la pauvre langue française et beaucoup de fautes de grammaire, d’orthographe, de quoi faire sauter un Larousse !

Aux Sadducéens le tour de mettre Jésus en embarras grâce à une fiction ou à un illogisme. Ils ne croient pas en la résurrection (ils ont beaucoup d’adeptes contemporains). Ils veulent démontrer l’absurde d’une vie dans l’au-delà si une femme, qui a eu sept frères comme maris successifs, va les avoir tous sur le dos pour l’éternité ! 

La divine réponse de Jésus affirme la résurrection mais nie l’activité sexuelle (et à plus forte raison les orgies aphrodisiaques) des habitants du ciel, pour la bonne raison que la fonction génératrice ne sera plus requise et que les élus seront élevés à la candeur angélique dans des corps glorifiés. D’abord, le Maître contredit et bannit l’idée talmudique de plaisir sexuel comme étant « la soixantième partie du paradis » (Voir « la nouvelle interprétation des rêves », p. 128). Il déclare que « le Seigneur est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », physiquement morts mais vivants en esprit et en âme. Logiquement, du fait que les nécessités de nutrition et de procréation seront non avenues dans l’au-delà, Jésus annonce que l’éternelle félicité ne comportera pas de plaisirs du « palais » (dans le sens du goût) ni de la sexualité.

Ici, Jésus complète l’image sur la différence essentielle entre les martyrs chrétiens et ceux de religions postérieures où les « martyrs » au masculin auraient droit à des « houris aux yeux noirs ». Non seulement les martyrs chrétiens sont ceux qui ne tuent pas mais se laissent tuer (contrairement au Coran 9 : 111) mais aussi n’espèrent-ils aucun jardin aux fruits délicieux et aux « vierges » expressément créées pour le plaisir des élus masculins. C’est d’ailleurs dans l’espérance ou le rêve d’une béatitude sexuelle interminable, avec ou sans rétribution financière, que beaucoup de djihadistes, au cours de l’histoire, ont donné leur vie (parfois en tuant d’autres personnes).

Un savant de langue syriaque, Luxenberg, vient de décevoir les djihadistes et le monde musulman en général en expliquant le mot « houri » non plus dans le sens de « vierges » mais de « raisins blancs », d’après l’araméen. La remarque, si prise au sérieux, devrait décourager certains d’aller se faire tuer pour aller au paradis !

 

Conclusion

Au début de cette semaine, nous avons célébré la Toussaint (paraît-il à l’origine en Gaule fête de tous les druides, Panoramix exclus parce que fictif !) et la commémoration de tous les fidèles défunts. Parvenus à l’éternité, ils nous enseignent combien éphémère est notre existence sur terre. Etymologiquement, « éphémère » εφήμερος, signifie « pour un jour ». Malherbe écrivait à propos d’une jeune fille morte prématurément :

« Et Rose, elle a vécu ce que vivent les roses : l’espace d’un matin » !

Toujours à propos d »éphémère », en grec moderne, le curé de paroisse est désigné par le vocable « éphemerios » εφημέριος. Et dire qu’il y avait assez souvent des « curés inamovibles », ou qui se croient tels !

Ici-bas, personne n’est éternel. La mort, incontournable, nous fait revenir au Père ! Soyons prêts à la rencontre !

 

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