Le 3 ème Dimanche de l’Avent A 2019

«  O chrétien, connais, reconnais ta dignité » (le saint pape Léon)

(Mt 11,11)   

(Réflexions par P.P. Madros)

 

Le vicaire du Christ, Léon, semble résumer en quelque sorte la déclaration magistrale et divine du Seigneur : « En  vérité je vous le dis : parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste, et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui » (Mt 11,11). Nos notons que précisément Jean fils de Zacharie avait annoncé l’imminence du Royaume. Ne baptisant qu’avec l’eau, il n’a pas pu recevoir « l’Esprit Saint et le feu ». Précurseur du Messie, il est resté au seuil de la Nouvelle Alliance ; d’où son « infériorité » par rapport au plus petit chrétien !

Notre grandeur chrétienne ne vient pas de nous, mais de Celui qui nous a élevés à la dignité des enfants de Dieu, de princesses et de princes enfants du Roi ! Par le baptême, nous sommes « une race élue (sans racisme !), un sacerdoce royal (dont le grand « prêtre, la victime et l’autel » n’est autre que le Christ), une nation sainte », profondément sanctifiée par la grâce qui n’est autre que la vie de Dieu en nous qui nous sanctifie, corps et âmes, surtout par le Corps de Jésus.

 La sublimité du Christ et du Christianisme  « se démarquent » , pour ainsi dire, et se distinguent par l’Incarnation où Dieu n’est plus seulement transcendant mais littéralement « Emmanuel, Dieu-avec-nous », l’un d’entre nous, comme nous en tout sauf dans le péché (cf le bienheureux Jean-Paul II, « Entrer dans l’espérance », pp. 151-152). L’eau du baptême chrétien ne se contente pas, contrairement aux ablutions judéo-islamiques par exemple, de laver le corps, signe de la pureté intérieure, mais l’âme du péché originel. Source de vie, elle fait renaître ανωθεν d’en haut (ou : à nouveau) les petits des hommes, nés d’ici-bas, dans le corps (cfJn 3, 3 f). La sainte huile dans le baptême, la confirmation, le sacerdoce et l’onction des malades fait de nous, par la grâce de Jésus, des « christs », des oints : rois, prophètes et prêtres. C’est surtout dans l’Eucharistie que le Corps du Christ habite littéralement non seulement parmi nous dans les tabernacles de nos églises et de nos chapelles (celles qu’on n’a pas encore détruites !), mais aussi en nous, non dans un horrible cannibalisme dont la (fausse) idée « faisait sauter » les gens de Capharnaüm, mais mystiquement et délicatement sous les espèces du pain et du vin. Notre sacerdoce n’est plus généalogique aaronique tribal mais vocationnel, non plus celui de sacrificateurs de bêtes de somme mais d’hommes renouvelant, d’une façon décidément non sanglante, l’unique sacrifice rédempteur du Calvaire.

Les contemporains de Jésus, au début réfractaires et hostiles jusqu’à l’entreprise de l’arrêter, se voient désarmés par ses paroles inimitables dont l’insupérabilité (en arabe nous dirions إعجاز  i’jaz) ne réside pas seulement ni principalement dans la beauté littéraire du discours (dont les Arabes se vantent toujours !) mais aussi et surtout dans la sublimité unique et inimitable du contenu théologique, éthique et humain. Les adversaires, destinés à ligoter le Nazaréen, sont revenus les mains vides, et la bouche bée ! Après un moment de stupeur, ils ont repris le souffle et déclaré sans bémols : « Personne n’a jamais parlé comme cet homme » (Jn7, 46).

Pas de comparaison, donc, entre le Christ  Fils et Moïse serviteur ; entre Jésus Parole éternelle et incarnée de Dieu (Jn 1, 1 et 14) et Moïse, interlocuteur de Dieu. La Nouvelle Alliance est l’éternelle et l’universelle.

 

La dignité chrétienne bafouée en Orient et dans le reste du tiers monde

Il ne s’agit pas d’un secret d’Etat : de 80 à 100 millions de chrétiens sont persécutés jusqu’au sang de nos jours. Trois sur quatre persécutés dans le globe sont chrétiens. La violence antichrétienne, qui , dans nos souhaits , ne devrait, en principe, faire partie d’aucune « religion », se trouve malheureusement et clairement dans beaucoup de textes fondateurs et normatifs (tels ceux « du sabre » et du jihad), dont les conséquences logiques nécessaires non accidentelles sont les actes innombrables de transgressions, d’’agressons, d’homicides et de génocides, même parmi les adeptes de certaines religions et dénominations.

 

 

En Occident, parfois sinon souvent la « honte », l’avilissement et le « meaculpisme »  dont des « chrétiens » s’affligent de bon gré !

Nous avons affaire ici à une forme sournoise « d’humilité » qui passe au pathologique non sans injustices ! Ces expressions quelque peu étranges (mais pas plus que la réalité qu’elles entendent décrire) gagnent à être clarifiées ! L’on a l’impression, parfois, que des chrétiens occidentaux ne sentent que la honte et l’embarras d’être chrétiens, surtout catholiques , en particulier après les « scandales » du clergé et même du Vatican ! Pourtant, ce n’est pas le pape François qui y va de main morte pour nettoyer et remettre de l’ordre, quitte à déplaire à pas mal d’ex bénéficiaires ! Nous ne sentons que « la honte » de l’église au Moyen-Age ; comme si tous les papes, tous les fidèles d’alors (des centaines de millions) étaient corrompus et cruels !

Faisons d’abord, après Jésus, la part des choses : l’Incarnation et les Sacrements, ainsi que les Livres du Nouveau Testament, nous donnent une grandeur non méritée et non susceptible d’être méritée ! Autant de raisons de fierté non d’orgueil, motifs constants de reconnaissance. Nous nous vantons du Seigneur, de « la croix du Seigneur », non de nos personnes (ce qui serait aussi peccamineux que peu intelligent !) Nous demandons pardon, après Jean-Paul II, de nos fautes à travers l’histoire. Nous les catholiques, soit dit sans délectation ni satisfaction narcissiques ou méchantes, nous sommes les seuls à l’avoir fait depuis des  décades. Un Jésuite oriental a décrit comme « meaculpisme », « c’est ma faute », une maladie typiquement et exclusivement chrétienne, surtout catholique, qui consiste à ne faire que reconnaître nos péchés et nos manquements, et à être complètement aveugles ou myopes sur les défauts des autres, en justifiant systématiquement ou blanchissant leurs négativités. Ainsi, tout le monde connaît les points peu reluisants de l’histoire humaine de l’Eglise (surtout catholique) du passé, du présent et même de l’avenir( !), mais le cliché « impose », dans la dictature du « politiquement correct » et de « la pensée unique » , une vision idyllique angélique séraphique immaculée qui présente, parfois contrairement, à la vérité, des  dénominations et des religions (en résumé toutes les autres) et fait paraître leurs adeptes des archanges et des saints, et leur histoire des roses et des fleurs, sans épines. Cette injustice intellectuelle, que la bonne volonté et la charité ne sauraient nullement justifier, a fait beaucoup de mal et détourné de nombreuses personnes superficielles du Christ et de l’Eglise, et a fait, directement ou indirectement  ou indirectement de la « publicité ou de la propagande pour les autres religions et dénominations, y invitant plus ou moins inconsciemment  les catholiques.

 

Conclusion

L’ex pharisien de Paul compare son zèle pharisien à une étape d’enfance largement dépassée par son adhésion au Christ (Gal 1, 13, 1 Cor 13, 11f). Il ne fait preuve, pourtant, d’aucun antisémitisme, d’aucun mépris pour les païens. Il ne professe pas davantage l’allolatrie, l’adoration de la religion de l’autre. Mais il fait un équilibre dont nous avons toujours besoin, à l’endroit des autres et de leurs religions ou dénominations : « faire la vérité dans la charité » (Eph 4, 15).

 

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